| Marie Boutry-Peyron | Novembre 2020 |

 

Qu’est ce qui détermine le lien social, qui unit les individus entre eux ?
Comment interagissent deux personnes lorsqu’elles se rencontrent pour la première fois ?

 

lien social

 

Importance du lien social et connexion aux autres

 

Nous avons vu lors d’un précédent article sur la construction de l’identité chez l’enfant (voir L’ECHO Magazine Février 2020) que celui-ci avait besoin de l’autre, de sa famille, de ses proches, de l’école, pour grandir et se construire. C’est en se comparant qu’il peut se positionner.

En effet, très tôt les bébés cherchent à interagir avec leur environnement, ils cherchent à établir avec leurs yeux un contact, le début d’un lien avec l’autre.

D’un point de vue relationnel, certains enfants sourient et vont vers l’inconnu lorsque d’autres, plus craintifs, détournent le regard. L’enfant perçoit très vite les signaux qui lui font ressentir l’autre comme bienveillant ou menaçant, pouvant mobiliser un sentiment de sécurité, de confort ou bien celui désagréable d’un malaise, d’une peur.

Ces mécanismes ont été décrits notamment par le psychiatre et chercheur en neurosciences Stephen W.Porges (University of Illinois at Chicago, UIC). Sa théorie nous donne les clés pour comprendre ce qui se passe dans les processus de contact et de retrait. Il met en évidence l’importance des états physiologiques et leur rôle spécifique dans l’expression des perturbations chez l’enfant.

Nous avons besoin de nous sentir reliés pour exister et cela fait même partie de nos besoins fondamentaux.

Sur ce point, des études et des scientifiques ont mis en avant l’importance des liens sociaux et leur influence sur l’état de santé. Le psychiatre Robert Waldiner a mené une vaste étude sur une période de près de 75 ans auprès d’hommes sur le non moins ambitieux sujet de : qu’est ce qui vous rend ou vous a rendu heureux au cours de votre vie ? Il a suivi les vies de 724 hommes, année après année, s’enquérant de leur travail, de leur vie de famille, de leur santé. Si beaucoup avaient initialement répondu à cette question : l’argent ou la célébrité, il démontre au travers des différents retours de ces hommes que les relations humaines de qualité ont un impact positif sur le bonheur et la santé. À l’inverse, les personnes davantage isolées ou ayant des relations conflictuelles avec leur entourage seraient moins heureuses et développeraient plus tôt des troubles au niveau du cerveau.

La conclusion et le message de cette étude à retenir : les bonnes relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé ! Une idée aussi, il conseille de remplacer le screentime par le peopletime.

De son côté, l’économiste Eloi Laurent précise que « La vie en bonne santé exige des contacts multiples et de faire confiance à l’autre ».

Constat assez paradoxal aujourd’hui puisque la crise sanitaire nous contraint à un isolement  pour protéger notre santé et celle des autres, et que l’on tend à un repli sur soi.

 

Comment la distanciation vient perturber l’équilibre de nos repères

 

Le terme « distanciation sociale », est lourd de sens car il implique une mise à distance de l’autre qui représente un danger, une menace comme moi-même pour lui.

C’est une réduction de l’espace physique mais aussi psychique qui est imposée. Nous sommes touchés dans les racines même de nos besoins fondamentaux d’entrer en contact avec l’autre : les masques cachent les expressions du visage et les gestes barrières vont à l’inverse du mouvement spontané́ d’adresse à l’autre.

Le concept de la distanciation sociale est donc venu perturber et remettre en cause nos schémas, nos habitudes.

Différents travaux comme la théorie de l’attachement de Bowlby et les travaux de Spitz sur l’hospitalisme et les ravages de la privation de contact chez les bébés ont notamment prouvé que l’enfant, et plus généralement l’Homme, avait besoin d’attention, de sécurité bienveillante pour s’épanouir et s’enraciner.

Alors que nous avons besoin d’un environnement social qui nous permet de trouver la sécurité́ dans le lien, un fonctionnement qui nous met en état de ne pouvoir fraterniser réactive des états traumatiques. C’est ce phénomène que l’on observe dans le cas de la distanciation sociale car nous nous sentons impuissants face à l’absence de solutions simples et efficaces.

Heureusement, malgré cette distanciation, nous avons vu de nombreux exemples positifs émerger.

Certains ont trouvé de nouveaux moyens de communiquer avec l’autre, en utilisant d’autres canaux, pas nécessairement numériques, qui mettent en jeu la dimension corporelle (comme la voix, les gestes). L’important a été de trouver des moyens pour partager et véhiculer des affects.

Nous avons vu comment l’individu pouvait mettre à profit de nouvelles ressources pour le bien commun : « Les hommes sont câblés pour créer des liens et la crise a fait émerger des niveaux de solidarité que l’on ne croyaient pas possibles. » (Pablo Sévigné).

Comme le rappelle aussi le chercheur spécialiste en éducation François Taddei, cette crise nous appelle à apprendre dès l’école à relever des défis collectifs. Il s’agit de travailler ensemble pour trouver des solutions qu’aucun de nous n’aurait pu trouver seul…

 

Marie Boutry-Peyron
Avenue des Écoles
www.avenuedesecoles.com

 

 

Stephen W.Porges, Neuroception : A subconscious system for detecting threats and safety, Zero to three, 2004

Roger Waldinger, L’étude d’Harvard sur le Développement adulte, 2015

Eloi Laurent, Le Monde, Mars 2020

Pablo Sévigné et Gauthier Chapelle, L’entraide, l’autre loi de la jungle, 2017

 

La construction de l’identité