| Bérangère Hassenforder | Février 2020 |

 

 

Alors que le groupe de pression britannique Extinction Rebellion manifeste dans les grandes capitales, que Greta Thunberg fustige l’inaction des dirigeants de la planète sur le changement climatique, comment pouvons-nous intégrer ces tendances dans la gestion de patrimoine ?

 

L’aventure a commencé il y a quelques années chez Altyx à la demande de deux familles souhaitant investir dans des fonds éthiques uniquement. Ces demandes, quasi impossibles à satisfaire il y a 15 ans car réduisant drastiquement le périmètre d’investissement, le sont aujourd’hui. Et poussés dans nos recherches nous avons découvert des fonds établis depuis plusieurs années satisfaisant à la fois nos critères de recherches classiques et les exigences de nos clients.

 

Alors qu’il y a-t-il sous l’appellation éthique ou ISRD pour Investissement Socialement Responsable et Durable?

 

Initiés dans les années 30 par des groupes religieux américains, les fonds éthiques ont parcouru un long chemin. Historiquement, de grands groupes religieux, tels que les Quakers, détenaient des fonds importants. Dans les années trente, ces groupes se sont dit qu’il serait bon d’investir ces capitaux dans des entreprises qui n’enfreignaient pas certaines règles morales. L’investissement éthique était né.

En Europe, la naissance des fonds éthiques est apparue plus tard. En France, elle date de 1983 avec la naissance des premiers fonds religieux.

 

Au départ, ce concept était surtout d’ordre écologique et moral, c’est-à-dire des fonds qui n’investissent pas dans l’industrie polluante, les armes ou le travail des enfants.

 

Les attentes ont évolué vers une notion plus sociétale avec le concept de développement durable où l’on respecte à la fois son environnement naturel mais aussi social. Les fonds éthiques ont clairement introduit un concept de développement durable en gestion de portefeuille.

Toutefois certaines notions restent difficiles à quantifier et à interpréter (la gouvernance d’entreprise, le risque réputationnel, manipulation de l’information ou des données personnelles, etc).

 

Comment se mesurent-elles et comment les entreprises sont-elles alors notées sur ce concept d’investissement durable et éthique ?

 

Certaines sociétés de gestion établissent leur propre outil de mesure. Selon leur taille et les moyens attribués, on les considère plus ou moins fiables. Certains comprennent des fonds thématiques de valeurs à protéger ou développer, telles que l’eau, l’insertion et l’emploi, et la sécurité.

 

De grands groupes spécialisés dans la fourniture d’information financière tels que Bloomberg ou Morningstar ont aussi établi leur outil de notation. Ce dernier travaille depuis 2016 en partenariat avec une société spécialisée dans l’analyse des problématiques d’Environnement, Social et de Gouvernance, « ESG », pour établir un système de notation. La mesure se fait de 1 à 5 globes, 5 globes indiquant que les sous-jacents de ce fonds, ou les entreprises qui en font partie, ont des scores ESG parmi les 10% les meilleurs. Grâce à ces instruments de mesure, on peut ainsi orienter le choix d’investissement même à un niveau particulier vers des fonds intégrant le concept de développement durable.

 

La qualité des outils de mesure établis ne peut aller qu’en progressant. On ne peut que se réjouir de l’évolution de la communication de nombreuses entreprises qui, sous la pression de la rue et des médias, favorisent les notions de protection de l’environnement, de responsabilité sociale et de gouvernance ; la tendance est forte en Europe, se développe en Asie et aussi aux USA.

 

L’investissement éthique devient un champ des possibles avec des outils innovants en constante évolution et progrès. Tout en conservant des critères de sélection quantitatifs et qualitatifs stricts, il est dorénavant possible d’intégrer de plus en plus de fonds notés sur des bases ESG dans des stratégies d’allocations d’actifs des portefeuilles. Et de proposer des solutions aux investisseurs-actionnaires souhaitant être des acteurs responsables du financement de l’économie.

 

Bérangère Hassenforder
berangere@altyxfp.com
http://altyxfp.com/