| Propos recueillis par Isabelle Lemarchand | Juin 2020 |

 

Lucie Paye

Lucie Paye, auteur des Coeurs inquiets (Collection Blanche de Gallimard) – Photo : Jeanne de Mercey

 

Isabelle Lemarchand, de la Librairie La Page a rencontré Lucie Paye, auteure londonienne heureuse.

 

Isabelle Lemarchand : Comment décririez-vous votre premier roman, « Les cœurs inquiets », sorti dans la prestigieuse collection Blanche chez Gallimard en mars dernier ?

Lucie Paye : Il y a ce jeune peintre qui voit apparaître dans ses toiles une mystérieuse figure féminine. Ailleurs, une femme écrit une lettre d’amour à son enfant perdu. Leurs quêtes s’entremêlent et se répondent, sans qu’on sache tout d’abord qui ils sont l’un pour l’autre. D’autres personnages surgissent : le galeriste pressant, l’amante qui dévoile l’artiste à lui-même, la vieille dame sibylline et enfin, cette femme qui vit de l’autre côté de la cour, troublante et énigmatique. Il me semble que « Les cœurs inquiets » parlent d’absence, d’arrachement et de résilience, des mensonges qui détruisent, de la rédemption par la création, mais surtout d’amour inconditionnel et de soif de vérité. C’est un drame psychologique poignant et intime et poétique. Certains le comparent à Lettres d’une inconnue de Zweig. Un livre qu’on ne lâche pas facilement. L’émotion et l’immersion, le style et l’intensité littéraire sont des qualités que j’apprécie en tant que lectrice et sont, par conséquent, les traits marquants de mon écriture.

 

Comment se lance-t-on dans l’écriture d’un premier roman ?

Sans trop se poser de questions ! Pour moi, trouver une idée de roman n’est pas difficile. J’en ai trop ! Ceci dit, trois choses me semblent cruciales : la discipline, une disposition et la foi. La discipline : c’est, comme disait Karen Blixen, écrire chaque jour sans espoir et sans désespoir. La disposition (je préfère ce mot à celui de talent) est un goût pour les mots, les lettres, l’observation. La foi consiste à croire en soi tout d’abord (s’en juger capable), mais aussi en la forme que l’on a choisie qu’elle soit romanesque, théâtrale ou poétique. Je lis énormément. J’ajouterais aussi qu’il faut de bons amis qui vous lisent avec bienveillance mais vous parlent aussi d’autre chose, brisent la solitude et savent alléger vos découragements. Écrire un roman est une course d’endurance sur un fil de funambule au profil de montagnes russes ! Il faut tenir bon.

 

En tant qu’écrivain, comment vivez-vous le confinement ?

Comme beaucoup avant tout : l’école à la maison, les tâches ménagères à répétition, la promiscuité, l’inquiétude, la difficulté à s’isoler pour travailler correctement. Pour un écrivain, dans un tel contexte, il devient difficile de se mettre en état de créer. Écrire est comme descendre lentement dans un puits obscur pour aller trouver une chose dont on ne sait pas encore à quoi elle ressemble. C’est une absence au monde qui requiert une disposition particulière, sans quoi l’œuvre n’advient pas, ou bien abâtardie. Avec le confinement, ma disponibilité et mon espace mental se sont terriblement réduits, me rendant difficile d’être en prise avec l’écriture. Par ailleurs, je m’inquiète évidemment pour le secteur du livre : les librairies et les maisons d’édition sont fragilisées économiquement, les parutions sont retardées. Des coupes et des compromis seront nécessaires. J’espère qu’ils ne menaceront pas la diversité du secteur et ne conduiront pas à une « best-sellerisation » des choix éditoriaux. Une solution très simple pour contribuer à empêcher cela : Foncez en librairie !

 

Propos recueillis par Isabelle Lemarchand

 

La Librairie La Page

Pour satisfaire les besoins d’une clientèle francophile assoiffée de littérature et de ressources culturelles en français, la Librairie La Page est ouverte pour vous depuis le début du confinement de 11h à 17.30 pour du click and collect ou livraison a domicile, des commandes en lignes ou au téléphone. A l’heure ou nous écrivons ces lignes nous ne pouvons ouvrir nos portes au public, mais tenez-vous informé de la date très proche de réouverture !

 

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