Mais qui est Assurbanipal ? 

| Agnes Anquetin-Dias | Décembre 2018 |

 

Relief detail of Ashurbanipal hunting on horseback. Nineveh, Assyria, 645–635 BC © The Trustees of the British Museum.

C’est un oublié de l’Histoire ! Ce roi assyrien fut pourtant le souverain du plus grand empire du monde lors de son règne, au VIIème siècle av. J.-C. La déformation du nom d’Assurbanipal en « Sardanapale » par les auteurs de l’Antiquité, a sans doute contribué à faire oublier l’homme qui s’appelait lui-même « le roi du monde ».

Tels les visiteurs d’Assurbanipal en son palais de Ninive nous nous trouvons, au seuil de l’exposition, sous la protection des Ugallus, les grands lions chargés d’éloigner du roi les mauvais esprits. Du temps du grand père d’Assurbanipal, Sennachérib, c’était des taureaux ailés, à tête d’homme, qui gardaient les accès de ses palais. Ce qui ne l’a pas empêché d’être tué aux pieds d’un de ces colosses !

L’assassin du roi Sennachérib était le fils qu’il avait déshérité de sa succession au profit de son frère, Assarhaddon. Celui-ci, curieusement, écarta lui aussi son fils ainé de sa succession au profit de son cadet, Assurbanipal, mais donna au premier la couronne du royaume prospère de Babylone. Cependant Assurbanipal gardait la prééminence sur son frère aîné comme il l’exerçait sur le reste de l’empire et n’abandonna jamais à celui-ci la souveraineté complète sur son propre royaume. Le frère aîné en question, Shamash Shuma Ukin, finit par faire sécession et Assurbanipal se résolut à assiéger Babylone.

La victoire d’Assurbanipal, dans cette guerre civile, a contribué à la chute de l’empire assyrien. Pas loin de vingt ans après la mort d’Assurbanipal (631 ou 627 av. J.-C.), Babylone prendra sa revanche en s’alliant aux Mèdes qui détruiront Ninive et écraseront les Assyriens.

612 av. J.-C. date la fin d’un empire qui, au moment où Assurbanipal en hérita, en 669 av. J.-C., étendait son hégémonie de l’Iran à l’Egypte !

Avec la conquête arabe, la ville de Mossoul se développe juste en face de l’antique Ninive qui, peu à peu, tombe dans l’oubli.

Au milieu du XIXème siècle, des diplomates anglais qui se sont improvisés archéologues, redécouvrent Ninive. Parmi les trésors des fouilles, les tablettes d’argile de ce qu’on a coutume d’appeler la « bibliothèque d’Assurbanipal » ont été trouvées à une époque où on commençait à déchiffrer l’écriture cunéiforme. Ces tablettes ont alors contribué à la découverte de la civilisation mésopotamienne : à côté des textes administratifs et divers autres écrits dont la majorité traite de divination, tous très éclairants sur la vie des assyriens, s’y trouvaient des copies de textes écrits à l’époque sumérienne, telle L’Épopée de Gilgamesh. Après le déchiffrage de ce plus ancien texte littéraire qui nous soit connu, celui-ci s’est révélé avoir inspiré des récits de la Bible et d’Homère !

 

Les Annales d’Assurbanipal, elles aussi gravées dans l’argile et trouvées dans les fondations de son palais, décryptent les représentations des grands reliefs qui, sculptés dans la pierre, ont heureusement survécu aux palais en brique qu’ils décoraient.

La mise en scène que l’exposition a organisée autour de ces reliefs nous plonge au cœur des batailles assyriennes. Elle est d’autant plus intéressante que ces scènes sont depuis longtemps inaccessibles puisque, par manque de place, le British Museum les tient enfermées en dessous du soubassement du musée !

Les chasses aux lions d’Assurbanipal ont des chances d’être plus connues du public puisqu’elles sont visibles dans la salle 10 du grand musée britannique. Si, le temps de l’exposition, vous vous promenez de ce côté des antiquités du British Museum, vous verrez qu’un ensemble de panneaux a été remplacé par une photo. C’est que l’original est le grand relief qui nous accueille dans la salle d’exposition. Il fait le lien entre ce que le public londonien est susceptible de connaître de cette période assyrienne de l’histoire de la Mésopotamie avec tout ce qu’il va découvrir, grâce à cette exposition…

A côté des œuvres qui majoritairement ont été extirpées des cachettes du British Museum, celles provenant de musées étrangers ont fait, à cette occasion, leur premier voyage à Londres.

Les œuvres proviennent toutes de fouilles faites en Irak dans les lieux qui ont été, dernièrement, la cible des destructions très médiatisées par Daesh.

Le British Museum s’est, tout de suite après ces tragiques évènements, impliqué dans la sauvegarde des trésors de cette partie du Moyen Orient en contribuant notamment à la formation d’experts irakiens aux dernières technologies afin qu’ils puissent continuer à faire connaître au monde les découvertes de leur étonnant héritage.

 

Agnes Anquetin-Dias

 

 

I am Ashurbanipal: king of the world, king of Assyria
British Museum | Jusqu’au 24 Février 2019

 

Agnès Anquetin-Dias présentera Assurbanipal au cours d’une conférence organisée par Londres-Accueil, le mercredi 23 janvier 2019 à 9h45.à More House (53 Cromwell Road, SW7 2EH)

 

Une conférence sur le même thème sera donnée en soirée. Contacter agnes.anquetin@me.com pour en avoir la date.

 

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