Alerte à la pharmacodépendance des jeunes !

« La confiance. Evidemment, je l’ai perdue. Puis retrouvée, maintes fois. Quand il s’agit de nos enfants, elle ne nous quitte jamais complètement. L’espoir s’y confond. On cherche, on rêve de trouver les meilleures solutions pour que les tours et les détours finissent par en faire des êtres parfaitement heureux.» 

Juliette Boudre n’ambitionnait pas de devenir auteure, conférencière et encore moins « lanceur d’alerte ». C’est pourtant sous ces trois casquettes et comme maman de trois enfants qu’elle vient jeudi 21 juin à la rencontre du public londonien ému par son récit. Maman, ne me laisse pas m’endormir (Editions de L’Observatoire) décrit, jour après jour, le combat d’une famille aux côtés de Joseph, prisonnier de la drogue et plus précisément de ces cocktails tueurs bon marché à base de « benzos » et d’opiacés, qui font fureur auprès de toute une génération.

Tout bascule entre 12 et 14 ans. Les mauvaises rencontres aidant, Joseph assouvit son envie de « planer » par l’usage du cannabis. Mais la machine s’emballe en réalité lorsqu’un médecin lui prescrit aveuglément des anxiolytiques pour lutter contre ses crises d’angoisse et d’insomnie (sans doute elles-mêmes induites par la consommation de drogue).

« Mon jeune fils retourne voir ce praticien deux fois par semaine et se fait encore prescrire des benzodiazépines censés soulager les attaques de panique et réguler son sommeil (…) Les effets de ces médicaments sont impressionnants. Jo a changé de regard, de façon de se mouvoir, de s’exprimer. Par moments je ne le reconnais plus. »

Expert en manipulation 

En dépit de la vigilance et la réactivité de ses parents – qui optent pour « l’éducation stricte, noble et bienveillante » du pensionnat britannique dès 14 ans – la conjugaison d’opiacés et de benzodiazépines entraîne toute la famille dans une spirale moribonde. Doutes, peur, déscolarisation, culpabilité bien sûr. Déni, violence, mensonges, rage et confiance à reconstruire. Sans arrêt.

Les tentatives de désintoxication, si elles ne sont pas avortées par manque de maturité ou de soutien professionnel, restent longues et traumatisantes. Afin de prévenir les risques de réactions paradoxales au sevrage, la cure signifie d’abord l’administration de psychotropes à haute dose ! « Il calcule comme un chimiste obsessionnel les milligrammes de ces molécules, rapporte Juliette. Pour lui c’est l’embellie, il se drogue pour se soigner ». Quatre mois d’isolement en Espagne, 14 allers-/retours de Fred pour être auprès de son fils et « le protéger du monde », le plus possible. Mais le plus dangereux reste à venir. Après la cure.

Eternel convalescent

Soutenue par un petit boulot, les services d’un coach et une thérapie familiale, la vie saine reprend ses droits quelques mois. Mais les démons de Joseph le rattrapent. Inexorablement. Les crises d’épilepsie multiplient les visites affolées aux urgences, une paranoïa sur sa santé cardiaque l’envahit, les comportements à risque se font plus fréquents. On ne devient pas « prêt à tout pour une boîte de Lexomil » si l’addiction n’est pas profondément enracinée.

Parents, frères, grand-mères, amis de tous bords s’impliquent généreusement dans l’opération de sauvetage d’un adolescent apparemment désinvolte mais en souffrance, conscient qu’il perd le contrôle.

Sans romancer cette croisade, avec une transparence aussi détaillée que sereine, Juliette Boudre aujourd’hui se rappelle et partage. Elle écrit pour survivre au départ prématuré de Joseph, par surdose de fentanyl et de benzodiazépine, à 18 ans. Elle écrit pour Max et César ses deux jeunes frères qui doivent apprendre à vivre sans lui et pourtant sans tabou. Elle écrit parce que contre toute attente elle ressent la présence de Jo tout près d’elle.

Espérance

Comme des flash-back à l’envers dans le récit, l’écrivaine laisse entrevoir de véritables rayons de lumière dans les ténèbres du deuil. Avec Paul son mari, avec le petit César aussi qui n’a pas 4 ans au moment des faits, elle perçoit que Joseph est enfin apaisé, heureux. « Et j’ai envie d’y croire, écrit-elle. Le fil n’est pas coupé ». Joseph aujourd’hui, conduit la plume de sa maman.

Mais Juliette écrit et crie surtout pour que le corps médical ne laisse plus s’écrire sans réagir ces histoires trop banales et trop vraies d’adolescents qui se brûlent les ailes au feu du purple drank* et des « benzos ».

Caroline Kowalski

 

*Purple drank : ou Lean, est un mélange de sirop codéine, d’antihistaminique et de soda. A forte dose ou mélangé à d’autres produits en vente libre, le sirop devient hallucinogène et euphorisant. Menant parfois jusqu’à l’overdose et la mort.

 

Rencontre avec Juliette Boudre, l'auteur de Maman, ne me laissepas m'endormir

à la Librairie La Page Jeudi 21 juin de 8h30 à 10h30

Gratuit. Réservation obligatoire sur https://www.librairielapage.com/agenda/juliette-boudre-maman-laisse-pas-endormir-862.html