Cécile Faure | Décembre 2018 | 

 

Acte I – Une très jeune fille dans la cour de récréation d’un lycée privé de jeunes filles. Tandis que ses camarades de classe font les cent pas en discourant sur les possibles d’un monde qui leur échappe encore, la très jeune fille s’invente une réalité parallèle. Si les heures en classe lui paraissent bien longues, les minutes de relâche ne suffisent pas aux nombreux rebondissements qu’elle fait vivre aux personnages fictifs de cet univers bien à elle.

Le destin s’en mêle. En classe de 3ème notre très jeune fille, Marianne, fait la connaissance d’une camarade, Delphine Volange. Le renardeau et le rossignol s’entendent, se comprennent, et se lancent dans la pièce de théâtre Les incertitudes du désir, d’après Crébillon Fils. Le culot aidant, elles démarchent directement au Cours Florent pour y trouver leurs acteurs, et présentent leur pièce au Théâtre de l’Épicerie, Théâtre du Roseau aujourd’hui Théâtre du Renard à Paris (4ème arrondissement).

Acte II – Notre jeune fille est devenue jeune femme. Parce qu’elle est issue d’une famille où l’art n’a pas sa place en dehors de la distraction, et qu’il faut faire des études pour assurer une situation, elle fait des études de sciences politiques et de journalisme au Celsa puis entre dans la vie active.

Mais Marianne ne s’en laisse pas compter pour autant – le jeu la tient au corps. Elle explore la scène, dans son ensemble, sur les planches et en dehors, et produit des cours métrages. En 1998 elle quitte Paris pour Londres, travaille de longues heures pour une start-up, se marie, donne naissance à son premier enfant, et malgré tout trouve le temps de poursuivre sa passion. Elle prend des cours du soir au Kensington and Chelsea College et découvre une approche du jeu et de la mise en scène très différente de celle enseignée en France – sont essentiels le travail de groupe comme la liberté d’interprétation et d’improvisation. Et la voilà repartie sur les planches et déjà encensée par la critique, emportant le Critics Choice du magazine Time Out en 1999 pour son adaptation de la pièce Over Nothing at All (Pour un oui ou pour un non) de Nathalie Sarraute.

Marianne aime tous les théâtres, des auteurs classiques et contemporains tant qu’ils engagent le spectateur et l’emportent dans un ailleurs, « Le Diable c’est l’ennui » dit Peter Brook. Petit à petit, elle grimpe les échelons de la reconnaissance, tisse des liens avec l’Institut Français du Royaume Uni à Londres. Elle passe du Fringe Theatre  (Riverside studios) au West End avec des têtes d’affiche (Members Only). Le succès est tel que la voici partie en Chine pour présenter sa pièce. C’est la consécration !

Acte III – Marianne est maman de deux enfants et a repris sa liberté. Elle n’aime pas les carcans. Elle a abandonné le théâtre commercial. Avec Nathalie Berrebi, elle coproduit des pièces qui interpellent et impliquent le spectateur, des spectacles en immersion dans des lieux non conventionnels – A Show in a Shop Window dans la vitrine d’un magasin à Notting Hill, Blue Beard au Old Brompton Cemetery, Square Bubble dans les couloirs du métro, pour n’en citer que quelques-uns. Marianne porte tous les habits : auteure, metteure en scène, actrice… Elle est devenue Theatre maker, créatrice de théâtre, est retournée à ses premiers amours et réjouit son public dans les salles feutrées de théâtres d’avant-garde.

Dernier spectacle en date joué au Drayton Arms Theatre, Sacha Guitry, Ma fille et Moi est un parcours dans l’œuvre du maître de Vaudeville, une interprétation de plusieurs textes, un regard d’ensemble sur le propos de l’auteur. La pièce, écrite à deux mains avec son actrice phare, Edith Vernes, a eu tellement de succès que Marianne la monte à nouveau, au Playground Theatre cette fois. C’est un ancien entrepôt de bus reconverti en salle de spectacles sous la codirection de Peter Tate et Anthony Biggs, dont l’emplacement géographique au pied de la tristement célèbre Grenfell Tower justifie qu’une partie des fonds collectés soient reversés à la communauté meurtrie (£2 par billet vendu).

La pièce est accessible à tous y compris les enfants (à partir de 11 ans) comme en témoignent l’organisation de matinées avec les écoles. Véritable exploit technique, elle est sur-titrée en anglais en simultané pour le confort de tous, pour les spectateurs qui ne maîtriseraient pas parfaitement la langue française.

La salle ne contient que 100 places et il est recommandé de se munir de billets dès que possible (les billets earlybird sont à £18 au lieu de £25) car la pièce n’est reprise que du 28 janvier au 2 février prochains. Marianne ne faisant jamais rien comme tout le monde, on peut s’attendre à de vraies surprises en plus d’une soirée VIP, de sources sûres et confidentielles.

Épilogue – Marianne approche le théâtre dans sa globalité, ne le conçoit que comme un partage. Après deux ans à la Royal Central School of Speech and Drama, dont elle a obtenu un Master in Training and Coaching Actors, Marianne a créé une école d’art dramatique pour tous – au dernier recensement l’âge de ses élèves variait de 12 à 60 ans.

Et quand je lui demande quels sont ses projets, après un silence réfléchi elle me confie envisager le retour à la bobine de pellicule – peut être un long métrage, et travailler sur le texte d’une comédie inspirée d’une autre : le Brexit, et son impact émotionnel sur les deux communautés. Je ne vous ai rien dit…

Cécile Faure

 

www.mariannebadrichani.com

 

Playground Theatre
Sacha Guitry, Ma Fille et Moi
du 28 Janvier au 2 Février à 19h30

 

du au
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