| Propos recueillis par Cécile Faure | Février 2021 |

 

Marianne Badrichani est une figure indiscutable de la scène théâtrale à Londres. Nous avions dressé son portrait il y a tout juste deux ans à l’occasion notamment de la sortie de la pièce Sacha Guitry, Ma fille et Moi, qui fit alors salle comble. Parallèlement à son métier de metteur en scène et la multitude de projets qu’elle mène de front avec un incroyable brio et une formidable inspiration, Marianne transmet son amour du texte et du théâtre au travers de cours. C’est sur cet engagement que nous souhaitions nous entretenir avec elle.

 

Marianne Badrichani

Marianne, dans un précédent numéro de L’ECHO Magazine, nous évoquions votre parcours incroyablement riche, et nous avions brièvement abordé le développement de cours de théâtre pour les plus jeunes. Qu’en est-il exactement ? Quel est le profil de ces acteurs en herbe ? Viennent-ils tous chercher les feux de la rampe ? Quelle est l’actualité des mois à venir dans un contexte de confinement à répétition ?

 

Marianne Badrichani : Cela fait en effet plus de 20 ans que je monte des pièces de théâtre d’origine française (avec sous-titrage anglais, ou dans de nouvelles traductions), adaptées des textes qui me tiennent à coeur, ou crée des spectacles en immersion (dans des parcs, hôtels, etc..).

Il y a une dizaine d’années, à l’initiative de mes enfants qui souhaitaient se joindre à moi et participer à cette merveilleuse aventure qu’est le théâtre, j’ai ouvert des cours pour les 13-18 ans.

Mes jeunes élèves, qui s’inscrivent d’eux-mêmes ou sont invités par leurs parents, aiment en effet le jeu, à la fois théâtral et celui de la cour de récréation où l’imaginaire du « Et si on disait qu’on était… » n’a pas de limites.

Certains ont envie d’être acteurs et nourrissent le rêve de monter sur les planches ou de crever l’écran. Beaucoup cherchent surtout à sortir de l’ordinaire, à se donner les moyens, le temps d’un lever de rideau, de rêver d’un monde différent, d’échapper à un contexte qu’ils ne maîtrisent pas forcément.

Je mets particulièrement l’accent sur le développement du vocabulaire physique (le jeu du corps) associé aux mots et aux émotions. Le jeu d’acteur est abordé au travers de l’élaboration d’une pièce présentée en fin d’année. Et, il va de soi, car j’y tiens beaucoup, que je les initie aux techniques de l’improvisation.

Cette année 2020 n’a pas manqué de surprises et d’obligations de revisiter nos habitudes. Qu’à cela ne tienne, nous nous sommes adaptés. Pendant les périodes de confinement, les cours ont eu lieu via la plateforme Zoom, axés autant sur le texte que sur le développement du rapport au corps.

Nous n’avons jamais renoncé au spectacle. Cela est vrai encore aujourd’hui. Nous envisageons de monter un spectacle classique en français qui sera présenté en juin 2021, s’il le faut en plein air comme l’an passé. L’extérieur comme scène oblige à travailler la projection de la voix, l’appréhension de l’espace, s’avère très stimulant et favorise le développement du cercle social en invitant le passant à s’arrêter et apprécier l’effort.

 

Vous proposez désormais une préparation aux examens oraux du Baccalauréat et du Grand Oral. Quels sont les angles de votre approche ? 

 

Marianne Badrichani : La lecture expressive prend une place croissante au sein de l’enseignement du français, et l’Éducation Nationale met désormais l’accent, comme dans les pays anglo-saxons, sur l’acquisition des compétences relatives à la prise de parole en public.

Il est évident que lire de façon expressive prouve que l’on comprend le texte. Cela permet également de développer un rapport personnel au texte, de se l’approprier, de laisser libre court à ses émotions et de prendre goût à la matière du texte. Fabrice Luchini parle de « déguster » les mots c’est à dire apprendre à les choisir et trouver un plaisir à les dire.

On en garde le bénéfice sa vie entière. Prendre conscience de soi-même, de son entité physique, de sa voix, de sa sensibilité et de sa capacité de convaincre sont autant de savoir-faire et vivre indispensable au bien-être et à l’épanouissement de l’individu. Cet apprentissage a un impact sur le court, moyen et long terme.

Fort du succès d’un premier atelier en février dernier, je me suis associée avec ma partenaire artistique de toujours, Edith Vernes, avec qui j’ai créé mes derniers spectacles. Elle est elle-même actrice et dirige son propre cours d’art dramatique à Londres.

L’atelier s’organisera en six séances entre janvier et juin, en groupe de huit élèves au maximum. Le corps comme l’esprit sont fortement sollicités. Nous abordons de nombreux types de textes, du théâtre à la poésie. L’important est l’engagement de l’élève, pour qu’il se rende compte de l’impact obtenu. C’est une rencontre avec lui-même.

 

En ces temps où nos jeunes sont confrontés à des règles qui les contraignent dans l’acquisition et le développement de compétences sociales primordiales pour leur vie future d’adultes, en quoi l’apprentissage de la prise de parole en public peut être une échappatoire à la distanciation qui s’impose aux relations ?

 

Marianne Badrichani : Ce travail est axé sur la relation à soi, la relation à l’autre, (celui qui m’écoute ?) au figuré comme au propre.

Nous nous réunissons une à deux fois par mois, et invitons les élèves au voyage à travers les textes. Ils peuvent d’ailleurs les choisir, exprimer leurs préférences. En période de confinement, les rendez-vous en one to one (en zoom ou en présence) permettent de descendre dans le détail de l’entrelacement des mots et de s’attacher au ressenti de l’élève, de respecter son rythme personnel et sa sensibilité.

Les enfants sont très pudiques. Certains développent aussi une forme d’apathie, d’état léthargique, de passivité face à l’inconnu propre à la période que nous vivons actuellement. Cette rencontre que nous proposons donne de la sève à leur vie au travers d’un engagement physique, du soutien apporté, de la création d’une bulle comparable à la grotte du Cercle des poètes disparus.

La relation personnelle se développe, même sur Zoom… et devient un encouragement à l’évasion dans un espace personnel. Elle permet de transcender le quotidien, a un bienfait thérapeutique évident.

 

Cécile FaurePropos recueillis par Cécile Faure

 

 

 

 

 

Actualités

 Deux projets « à distance » (activité de metteur en scène) :

  • For Your Ears Only : Rdv avec un acteur qui interprète un texte au téléphone
  • Création d’une pièce de théâtre sur la plateforme Zoom

Deux projets « en présentiel » à partir de Pâques 2021 :

  • Adaptation d’une pièce en France – Le Docteur
  • Adaptation et mise en scène d’une célèbre comédie française avec de la chanson

Pour plus d’infos sur le site de Marianne Badrichani : www.mariannebadrichani.com

 

Marianne Badrichani, créatrice de théâtre et plus si affinité

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