| Propos recueillis par Cécile Faure

 

Marie Geneste, fondatrice et dirigeante de C Collective, une agence de marketing et conseils en développement durable pour start-ups, était à l’initiative du Woman & Impact Investment Hackathon qui s’est tenu du 22 au 31 Mars 2021 derniers. Après avoir travaillé pour les leaders de la Tech tels que Microsoft et Orange dans les domaines de la vente, du marketing et de la stratégie, Marie a découvert le pouvoir du design thinking pour transformer les organisations. Déjà très au fait des questions écologiques dans sa vie personnelle, Marie a souhaité mettre ses compétences au service d’un écosystème florissant d’entrepreneurs, et aider l’innovation durable à prendre de l’ampleur.

 

Marie Geneste : Woman & Impact Investment Hackathon

 

Pourquoi les thèmes des femmes et de l’investissement à impact vous sont-ils si chers ?

Marie Geneste : En 2019, je suis tombée sur un article de Stylist intitulé Why aren’t more women investing ?

Cela m’a fait réfléchir à mon propre rapport à l’argent et l’investissement, en tant que mère et entrepreneuse. J’ai pensé à beaucoup d’histoires de femmes que je connaissais. Il s’agissait souvent d’épreuves de la vie, où il était question d’opportunités, de liberté, d’indépendance et de la justice.

Ensuite, j’ai fait des recherches plus poussées et j’ai réalisé à quel point l’approche peut être sujette au genre et à quel point les différences observées maintiennent les femmes au second plan, affecte notre capacité en tant que société à s’attaquer aux problèmes sociaux et environnementaux.

L’écart observé entre les femmes et les hommes est très important, et la crise du COVID ne fait que l’aggraver.

Au Royaume-Uni, la plupart des femmes n’ont jamais investi – 52% des femmes n’ont jamais détenu un produit d’investissement, contre 37% des hommes (Yougov 2018).

Cette pénurie d’investissements s’ajoute à l’écart de rémunération observée entre les femmes et les hommes. Ainsi, dans le système britannique qui est celui de la retraite par capitalisation, les femmes partent à la retraite avec un trois fois moins que les hommes.

Pour combler ces différences de rémunération et les « pauses » dans leurs carrières, les femmes n’ont donc pas d’autre choix que celui d’investir plus.

 

Pourquoi un hackathon ?

Marie Geneste : Nous savons que les femmes sont tout à fait capables d’investir – elles sont en fait souvent bien meilleures que les hommes dans ce domaine – et sont aussi plus susceptibles d’investir leur argent de manière éthique. Pour cette raison nous avons lancé ce projet d’innovation, fondé sur une approche Design Thinking. Pour mieux comprendre les attitudes des femmes envers l’argent et surtout créer des solutions pour qu’elles investissent avec un impact positif pour elles, pour tous et pour la planète.

Nous tenons à notre humble niveau de rebattre les cartes d’un système financier conçu par les hommes pour les hommes, en gardant sciemment les femmes à l’écart du pouvoir.

 

Qu’avez-vous appris de votre recherche préliminaire ?

Marie Geneste : Après avoir analysé un grand nombre de travaux de recherches existants, nous avons mené une série d’entretiens qualitatifs avec des femmes basées au Royaume-Uni, de milieux et de niveaux de revenus variés. Nous avons exploré leur relation avec l’argent, les motivations et les obstacles à l’épargne, à l’investissement et l’impact de la crise COVID sur tout cela.

Le premier enseignement est que la finance est un univers qui n’inspire pas les femmes. Au mieux, la finance les ennuie, au pire elle leur fait peur.

Beaucoup de femmes parlent d’un jargon impénétrable, des hommes blancs en costumes gris auxquels elles ne s’identifient pas, ce qui rend le sujet inintéressant. Pour certaines femmes, la finance est trop associée aux chiffres et aux maths, ce qui rend le sujet ennuyeux, voire effrayant.

Nos recherches ont également confirmé que le rapport des femmes à l’argent est profondément ancré dans leur place dans la société en général et dans leur histoire familiale en particulier.

L’héritage culturel de la mère qui gère le foyer et du père qui ramène de l’argent continue d’affecter la confiance des femmes dans leur capacité à gérer leur argent -même si elles sont célibataires et indépendantes financièrement- et à se « vendre » à leur juste valeur dans leur vie professionnelle.

De plus, les femmes ont tendance à sous-évaluer leurs compétences en la matière, même si elles investissent déjà. En règle générale, certaines personnes interrogées détenant un compte d’épargne, un ISA, et des fonds de pensions déclarent : « Je n’investis pas vraiment, ce n’est pas mon truc ».

À l’inverse, une entrepreneuse nous raconte qu’en parcourant une plateforme de crowdfunding pour regarder des start-ups dans lesquelles investir, elle s’étonne de voir que seuls les hommes y posent des questions, et que leurs questions ne sont pas vraiment des questions, plutôt des affirmations pour étaler leurs connaissances…

Je suppose que vous avez aussi rencontré des investisseuses ?

Marie Geneste : La bonne nouvelle est en effet que certaines femmes, de tous horizons et niveaux de revenus, gèrent très bien leur argent et investissements. Leur expérience peut être extrêmement inspirante pour leurs amis et leur famille.

L’opportunité qui émerge de la crise du COVID, pour celles qui ont eu la chance de conserver des revenus stables, est la réduction des achats non essentiels qui a augmenté leur revenu disponible. Cela a conduit à la création sans effort d’épargne, mais également à un recentrage sur des dépenses plus essentielles qui peut durer au-delà des épisodes de confinement.

L’autre aspect positif que nous avons vu est l’intérêt croissant des femmes pour les causes sociales et environnementales. Peu de femmes sont réellement conscientes de l’impact social ou environnemental de leurs choix d’investissement, mais lorsqu’elles comprennent qu’elles peuvent combiner rendements et impact social ou environnemental, elles y voient un facteur clé pour commencer à investir ou investir davantage.

En résumé, nos recherches confirment qu’il existe une énorme opportunité – encore très peu exploitée par l’industrie – d’éduquer, d’inspirer et de donner aux femmes les moyens d’acquérir plus d’indépendance financière. Et ce tout en contribuant à financer les solutions capables de résoudre les grands problèmes environnementaux et sociaux du monde.

 

Ce hackathon est notre humble contribution à cette cause et nous espérons sincèrement qu’il créera quelques étincelles d’inspiration, d’action ou de solutions.

 

Cécile FaurePropos recueillis par Cécile Faure

Juillet 2021