Nous venons d’apprendre le décès de Marie-Madeleine Gamble à Londres. Elle aurait fêté ses 101 ans le 27 juin.

L’ECHO Magazine avait raconté son histoire dans le numéro de Juin-Septembre 2016, que nous reproduisons ici:

Une centenaire française à Londres

C’est après la guerre que Mrs Gamble s’est installée à Londres. L’homme qu’elle venait d’épouser était, par son savoir-vivre et son éducation, un vrai gentleman. Irlandais, né au Kenya, où son père était juge, il a été pensionnaire au Marlborough College, avant d’être diplômé d’Oxford. Epris de la France, il y a fait un voyage décisif puisqu’il y a rencontré sa dulcinée dans le train qui les menait vers Nîmes. C’est à proximité de cette ville, dans le Gard, que Marie-Madeleine a passé son enfance, dans la propriété familiale de Candiac.

Ce château, aujourd’hui collège, est célèbre pour avoir été le lieu de naissance du marquis de Montcalm. Lui et son ennemi, le général anglais, James Wolfe sont morts tous les deux en 1759, à l’issue de la bataille qui les a opposés devant les murs de Québec laissant la victoire, cette fois, aux Anglais.

Avant d’épouser sa Française, Alex avait pris soin de l’avertir qu’ils ne rouleraient jamais sur l’or puisqu’il avait vocation d’enseigner ! Ils se sont installés à Roehampton, dans une des tours qui venaient d’être construites suite aux bombardements de Londres. Marie-Madeleine y habite toujours gardant précieusement, auprès d’elle, les cendres de son mari.

Peut-être avez-vous vu, du coté du Lycée Français, une dame très digne, habillée d’un tailleur qu’elle a cousu main, portant canne, béret et lunettes noires à la Janis Joplin. C’était Marie-Madeleine faisant son pèlerinage vers les lieux où son mari a été professeur d’histoire pendant 32 ans ! Mr Gamble y a commencé sa carrière en 1952, très peu de temps après l’initiative du proviseur Augustin Gaudin de créer la section anglaise. Le Lycée occupait alors les locaux construits à la fin des années 30, qui correspondent aujourd’hui au bâtiment Molière. L’entrée se trouvait Queensberry Way, à côté de celle de l’Institut Culturel du Royaume-Uni, dont le Lycée faisait alors partie intégrante. Cette voie a été fermée plus tard, pour laisser place à l’actuelle cour de recréation des primaires.

Mr Gamble a vu l’établissement grandir dans le quadrilatère qu’il occupe à South Kensington. L’entrée du 35 (Cromwell Road), en face du Natural History Museum venait juste d’être construite quand le Général de Gaulle a fait l’honneur de sa visite au Lycée, en 1960. Marie-Madeleine se souvient encore de leur poignée de main et d’avoir été assise près de Mme de Gaulle.

Les élèves de Mr Gamble, passionnés par l’Histoire qu’il professait, cherchaient à en savoir plus sur l’histoire qu’il avait vécue avec ses tripes, en tant que Bomber Command, lors de la dernière guerre. C’était l’époque de ses 20 ans. Alex a fait partie des chanceux encore en vie au moment de l’inauguration, du Bomber Command Memorial, en 2012 !

L’utilité stratégique des bombardements massifs sur l’Allemagne ayant suscité la polémique, c’est un hommage bien tardif qui leur a été rendu !

Le monument néo-classique très repérable à l’extrémité de Green Park et de la Piccadilly, abrite la sculpture, par Philip Jackson, d’un équipage de Bomber Command dont certains scrutent le ciel, à la recherche d’un appareil qui ne reviendra probablement pas, tandis que d’autres adoptent déjà une attitude résignée de tristesse et de deuil.

Au cours de la cérémonie où la reine a dévoilé le groupe sculpté, un avion Lancaster a largué sur Green Park 55 573 pétales de coquelicots. C’était le nombre des morts du Bomber Command pendant la dernière guerre.

Depuis la mort d’Alex en 2013, Marie-Madeleine est souvent allée prendre un thé au club de la Royal Air Force, sur la Piccadilly, en face du Mémorial.

Epouse d’un homme décoré tout à la fois du D.F.C (Distinguished Flying Cross) et des Palmes Académiques, Mrs Gamble a souvent accompagné son époux à la Résidence de l’Ambassadeur, qui reste un de ses lieux favoris dans Londres.

Les cafés animés tous les mois par les bonnes fées du DF-SFB (Dispensaire Français – Société Française de Bienfaisance) lui sont aussi source de réjouissance. Elle y retrouve d’autres Français que la vie a fini par esseuler…

Le lundi 27 juin 2016, jour de ses 100 ans, nous irons, Marie-Madeleine et moi, déjeuner au Bistrot qui se trouve à South Kensington, à l’intérieur du bâtiment de l’Institut que nous connaissons tous bien.

Ce serait beau et émouvant que, par esprit de solidarité pour celle qui est le plus vénérable membre de notre communauté, certains d’entre nous viennent lui faire, ce jour là, un petit salut…

 

Agnès Anquetin-Dias