| Propos recueillis par Marie de Montigny | Juillet 2020 |

 

Matthieu Chedid aka -M-

Matthieu Chedid -M- en Concert – Credit Photo : Rod Maurice

 

Nous l’attendions depuis trop longtemps ! Matthieu Chedid aka -M-  revient enfin à Londres nous chanter sa Lettre Infinie, le 8 septembre 2020, à l’O2 Academy de Brixton.

Plus de 20 ans de carrière, 6 albums studios (sans compter les nombreux autres), 13 victoires de la musique, un César, des tubes qui pleuvent comme des cadeaux, celui qui n’est surtout pas un « Grand Petit Con » a répondu aux questions de L’ECHO Magazine.

 

Marie de Montigny : Vous faites des tournées à l’étranger (Suisse, Canada, Luxembourg) ; l’Angleterre est le seul pays non francophone. Avez-vous un lien particulier avec notre ville ?

Matthieu Chedid : C’est un lien affectif et symbolique, parce que Londres est pour moi la ville de la pop music, qui m’a fait rêver beaucoup. Je suis né dans la chansons française, mais ai été énormément inspiré par la musique anglo-saxonne. C’est un fantasme de jouer au pays de la pop, des Beatles, de Jimmy Hendrix (né aux US mais mort à Notting Hill en 1970), de Radiohead. Je pense aussi à Damon Albarn (chanteur du groupe Blur) avec qui j’ai eu la chance de partager un peu de musique, quelqu’un de très talentueux, un des grands musiciens de notre époque.

 

Avez-vous un public britannique ?

Jusqu’à aujourd’hui, je joue à l’étranger pour les français en général parce que je viens vraiment de la musique francophone. Je n’ai jamais cherché à chanter en anglais. Quand je voyage dans le monde entier et que je joue de la guitare, j’ai l’impression que les gens la reçoivent un peu partout ; c’est surtout ma guitare qui est universelle.

 

C’est l’occasion de la tournée de votre dernier album, Lettre Infinie, sorti en février 2019.

Exactement, c’est la tournée Le Grand Petit Concert. Je suis seul sur scène, avec pas mal de machines, même des prototypes car ce sont des machines vraiment inventées pour le spectacle, des percussions automates, des pianos, et plein de systèmes qui me permettent de faire l’homme-orchestre, avec des batteries au pied. Ce spectacle est très connecté à l’enfance, comme un grenier un peu géant de grand enfant !

C’est mon dernier spectacle, que j’ai pu faire toute l’année 2019 et que je reprends en 2020. Il y a une vraie demande pour ce spectacle en France, j’ai la chance de retourner dans les salles parfois pour la 4ème fois ! Et c’est pour ça que je me suis dit que c’était bien de le montrer aux français qui vivent à Londres, et aux anglais curieux !

 

Quelle était l’inspiration pour Lettre Infinie ?

C’est un album très personnel, c’est pour cela que je l’appelle Lettre Infinie. Ce sont comme des lettres destinées à des gens précis, qui font partie de mon intimité, de ma vie privée. Ce sont des chansons personnelles, des sortes de lettres musicales. Et en même temps, il y a « Grand Petit Con » qui est une connexion à l’enfance et à notre insouciance.

 

On peut comprendre le titre de plusieurs façons : Lettre à quelqu’un, lettre ∞, l’être infini. Votre écriture joue beaucoup avec les mots, vous les déguisez, vous vous déguisez vous-même pour la scène. Il faut vous lire entre les lignes, comprendre vos mots cachés. Est-ce une façon de mettre à distance, de dire avec un certain humour, au travers des filtres de la pudeur ?

Oui c’est vrai, il y a tout ça. L’humour est quelque chose d’essentiel pour moi ; il ne faut pas trop se prendre au sérieux. L’humour est très proche de l’amour, sentiment qui, pour moi, est peut-être la seule chose qui peut nous sauver dans ce monde. Souvent on parle de jeux de mots car j’aime bien jouer avec les mots. J’emploie souvent ce terme d’alchimie qui est la « langue des oiseaux », c’est à dire un langage un peu codé mais aussi ludique, poétique. Le monde de demain devra être poétique ou ne sera pas. Je crois beaucoup à la poésie, à l’humour, à l’amour, à des choses qui appartiennent à une certaine pureté d’enfant et qui font partie de mon héritage familial. Celui de ma grand-mère évidement, mon père, et puis un peu de ma fille, de mon fils. Il y a une transmission dans ma famille, famille d’artistes, mais aussi de poètes, où on voit et on vit la vie poétiquement.

 

Travaillez vous vos textes seul ?

Ça dépend des chansons. Il y a des chansons que je fais tout seul. J’aime aussi le partage, ce sont parfois des rencontres. Avec ma grand-mère évidement, j’ai eu la chance de faire des chansons. Avec Brigitte Fontaine, ou encore David McNeil plus récemment, pour une chanson que j’ai composée sur une seule corde, et qui raconte mes débuts à la guitare quand j’ai découvert dans un grenier celle d’Alain Souchon. C’est comme ça que m’est arrivé l’amour de la guitare, d’une seule corde. David McNeil a assisté à tout cela quand j’avais 14-15 ans et je lui ai demandé de me réécrire cette chanson, cette histoire vraie. David McNeil est un sublime auteur, ami d’Alain Souchon mais aussi fils de Chagall. C’est un homme d’esprit, qui écrit très très bien, notamment de très grandes chansons pour Alain Souchon ou Julien Clerc.

 

Dans Lettre Infinie, on croise Billie votre fille sur un duo (chanson éponyme), Loïca votre compagne et mère de votre second enfant (autre chanson éponyme), Andrée Chedid votre grand-mère (« Si près si … »). Vous avez aussi fait des tournées en famille. La famille c’est important ?

La famille, ça peut être aussi un peu écrasant parfois. Mais j’ai cette chance de ne pas être qu’un fils à papa, mais plutôt l’enfant d’une famille d’artistes. On est tous des artistes, et même les nouvelles générations, par exemple ma fille, et aussi les gens qui m’accompagnent, comme la femme qui m’accompagne dans ma vie.

C’est une façon de dire que tout est artistique et que c’est important de célébrer les gens qui nous aiment et ceux qu’on aime. Ce sont vraiment eux les étoiles de nos vies, nos inspirations premières. Les gens les plus intimes sont ceux qu’il faut choyer le plus. C’est souvent facile à dire mais il faut arriver à le dire et j’avais besoin de les célébrer dans ce disque-là. J’ai toujours parlé des gens intimes mais en déguisant mes chansons. Là, j’avais envie, pour une fois, d’être un peu plus direct, sans fard, sans filtre.

 

Beaucoup d’artistes sont crédités dans Lettre Infinie (notamment Brigitte Fontaine, Thomas Bangalter des Daft Punk, Cyril Atef et Vincent Ségal, compagnons de vos premiers albums), et d’autres ont été invités dans la tournée (Vanessa Paradis, votre fille Billie). À quoi doit-on s’attendre à Brixton ? Il y aura-t-il une première partie ou un autre artiste invité ?

J’aimerais bien, mais je n’ai pas encore eu le temps de me pencher sur la question. On a quelques pistes, j’aimerais bien qu’il y ait au moins un invité et il y a des chances qu’il y ait une première partie. Et pourquoi pas un artiste anglophone. J’aimerais proposer dans ce spectacle à Londres quelque chose de singulier, qui soit lié au lieu, à la culture. Il y a beaucoup d’improvisation dans les spectacles. Parfois les bonnes inspirations se manifestent juste avant !

 

Propos recueillis par Marie de Montigny

 

Billeterie pour le concert du 8 septembre 2020 à la Brixton Academy : https://academymusicgroup.com/o2academybrixton/events/1310268/m-matthieu-chedid-tickets

 

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