| Anne-Élisabeth Heddesheimer

 

Le 8 mars est une journée de lutte pour les droits des femmes et l’occasion de mettre en avant celles qui ont réussi. Il est alors de bon ton de célébrer les quelques femmes puissantes dans le monde économique ou politique, mais qu’advient-il de celles qui sont à la maison et qui ont choisi de s’occuper de leur famille ?

 

 

Mère au foyer ou Travailleur indépendant

Comme son nom l’indique, le statut de mère au foyer est étroitement lié à la naissance des enfants, et c’est rarement une vocation annoncée par une jeune femme nullipare.

Cela peut en revanche être ressenti comme une nécessité à la naissance du premier enfant et plus souvent encore à l’arrivée du deuxième. Mais lorsque l’on évoque ces femmes, de qui parle-t-on ?

Depuis la pandémie du Covid, nombreux sont ceux qui travaillent de la maison et ont été contraints de trouver une place pour leur ordinateur sur la table de la cuisine ou dans un petit coin de la chambre.

Or certaines femmes avait déjà pris cette option afin de pouvoir combiner une activité professionnelle et leur présence à la maison. Cela a même pu être un choix de carrière. Dans ce cas, le qualificatif de mères au foyer ne semble pas convenir puisqu’elles sont certes à la maison mais elles travaillent et comme l’ont éprouvé tous les nouveaux « télétravailleurs », cela suppose une bonne dose d’organisation et de force de caractère pour faire respecter leur espace et le temps dédié à leur métier.

 

Les enfants en priorité

Les mères au foyer sont donc celles qui se consacrent exclusivement à leur famille. Elles le décident souvent lorsque les enfants sont petits et qu’il devient pour elles insupportable de rentrer trop tard, trop fatiguées et de passer trop peu de temps à la maison.

Pour certaines, ce choix accompagne aussi un besoin de quitter la ville pour plus d’espace et de verdure. Ainsi, Virginie et Annabelle ont décidé de quitter leur emploi et Paris pour s’installer plus loin, à Chambourcy, et voir leurs enfants grandir dans une maison avec un jardin. Changement de vie pour elles mais aussi pour leurs partenaires, car avec l’éloignement les temps de trajets de leurs conjoints se sont dégradés et c’est bien souvent leur journée de travail à eux qui s’est allongée.

Pour ces femmes qui ont abandonné leur job et renoncé à une carrière, ce n’est pas un sacrifice mais une évidence et une condition au bonheur.

 

Dépendance financière

Cela suscite cependant plusieurs interrogations dont celle du rapport à l’argent. Difficile d’obtenir des données statistiques sur les séparations (il y a de plus en plus d’unions libres et depuis 2017 les divorces à l’amiable chez les notaires sont moins bien recensés), mais lors d’une rupture, la situation d’une femme qui ne travaille pas peut devenir très précaire.

La dépendance financière fait des ravages en cas de divorce y compris dans les classes sociales aisées où le régime de séparation de biens est souvent choisi. Pour l’exemple, seule avec ses enfants, Valérie n’a plus de maison ni d’épargne puisque tout était au nom de son mari. Elle a obtenu une indemnité compensatoire et touche une pension tant que les enfants vivent avec elle, mais après leur départ elle n’aura plus de revenus.

Or il est bien difficile de se présenter sur le marché du travail à 47 ans après seize années passées à la maison, sachant que la retraite acquise sera maigre. Pour parer cette difficulté, Anaïs a négocié avec son mari qu’il lui verse une rémunération avant d’accepter de démissionner et de le suivre en expatriation.

 

Un choix contractuel

C’est donc bien l’équilibre du couple et le contrat (tacite ou explicite) qui lie la mère au foyer et son compagnon qui doivent être assez solides pour assumer ce grand changement. Pour lui, c’est être conscient que l’ex-femme active en tailleur et talons se concentre désormais sur les tâches ménagères et les conduites aux activités. Pour elle, c’est respecter le décalage avec son compagnon avant de l’assaillir avec le récit de sa journée, si ce jour-là il est son seul interlocuteur adulte et masculin !

Parce que devenir mère au foyer, c’est aussi vivre dans un monde féminin. À l’heure où l’on parle de parité et des collectifs 50-50, le réseau relationnel d’une mère au foyer est constitué essentiellement des autres mères au foyer.

Au-delà du cercle intime, c’est le regard social qu’il faut assumer dans une société qui survalorise le travail rémunéré et la réussite professionnelle. Virginie, ancienne Maître de Conférence à l’université, décrit très bien la consternation de ses parents lorsqu’elle a décidé de quitter son poste pour élever ses enfants après avoir fait onze ans d’études. À cet égard, un petit tour sur les sites féminins est édifiant : pour « réussir » en tant que mère au foyer, il faudrait être « le boss » de sa petite entreprise familiale.

Dans le milieu expatrié, le départ peut être subi ou au contraire saisi comme une opportunité de démissionner et profiter des enfants puis d’opérer une reconversion professionnelle loin de « la vie d’avant » mais finalement très épanouissante. C’est le cas d’Isabelle, ancienne juriste devenue professeur de yoga, de Virginie qui a quitté l’Éducation Nationale pour devenir naturopathe, ou d’Annabelle qui a délaissé le contrôle de gestion pour être coach.

Mère au foyer : choix assumé ? Finalement la réponse est dans la question. Pour se sentir bien, il faut que ce soit autant un projet personnel que de couple, et qu’il réponde à cette question cruciale : qu’est-ce qui est le plus important pour moi ?

 

Anne-Élisabeth Heddesheimer

Juillet 2021