| Clotilde de Cacqueray | Décembre 2018 |

 

La respiration est involontaire. Et pourtant nous pouvons la contrôler volontairement pour nous aider à nous détendre.

 

L’air, besoin vital

« Je vais changer d’air »,  « tu me pompes l’air »,  « j’ai besoin d’air »… Nous connaissons bien ces expressions populaires qui évoquent notre besoin vital et constamment renouvelé d’oxygène. Et à certains moments de la vie nous en faisons une expérience plus intense. Le jeune parent, penché sur le berceau de son enfant et qui contemple sans se lasser le mouvement régulier du ventre qui s’élève qui s’abaisse, se ressource à cette fontaine de vie. Et celui qui s’est trouvé au chevet d’un mourant dont chaque respiration est un instant conquis comprend la fragilité de l’existence. Ceux encore qui viennent de terminer une compétition sportive et qui ensemble joignent leur souffle hoquetant et haletant ressentent cet élan de gratitude pour la machine incroyable qu’est le corps avec ses pulsations cardiaques amplifiées dans l’effort.

 

Respirer, un double mouvement

La majeure partie du temps nous oublions que nous respirons, et heureusement ! Mais nous l’oublions sûrement plus encore aujourd’hui avec la vie sédentaire qui nous coince devant des ordinateurs, sans grand effort physique. D’où l’intérêt grandissant et parfois même l’engouement pour le yoga, la méditation, mais aussi pour les entraînements sportifs et compétitifs qui nous font prendre conscience de la respiration, ce grand mouvement d’aller et retour qui nous connecte à l’humanité et nous rappelle que nous recevons notre vie à chaque instant. Se concentrer sur la respiration, c’est reprendre conscience de notre condition de créature, du cadeau que chaque moment représente et se rappeler que dans la danse de la vie nous commençons toujours par recevoir avant de donner. Ces deux mouvements sont interconnectés, l’un ne va pas sans l’autre.

 

Respiration et stress

Face à une situation de stress, la recommandation est de respirer. Mais qu’est-ce que cela signifie pour un être humain qui ne peut faire autrement que respirer ?… Il s’agit de rééquilibrer et de ralentir le mouvement d’entrée et de sortie du souffle. En effet certains de nos contemporains, sans même s’en rendre compte, souffrent d’hyper-ventilation, c’est-à-dire qu’ils absorbent plus d’oxygène qu’ils ne rejettent de gaz carbonique. Ils peuvent du coup ressentir de la fatigue, des palpitations, de l’instabilité émotionnelle, des vertiges car l’équilibre entre le pH acide et alcalin des tissus est modifié. Lorsqu’il y a trop d’oxygène, le système nerveux sympathique – dont le rôle est de préparer le corps à l’action – est stimulé. Le corps est alors en alerte, les muscles se contractent, le cœur bat plus vite et le cerveau est moins bien oxygéné, la concentration se fait plus difficile. En présence de ces symptômes la respiration, mouvement involontaire, peut alors être contrôlée volontairement et ralentie. Lente et profonde, abdominale elle devient non seulement plus efficace mais aussi relaxante.

 

Une rééducation

Le souffle a un pouvoir de guérison affirment Richard Brown et Patricia Gerbarg dans leur livre The healing power of the breath qui enseigne progressivement à rééquilibrer le système nerveux et à augmenter la flexibilité du système cardio-vasculaire par la cohérence cardiaque. Changer le rythme de la respiration en le ralentissant à cinq ou six respirations par minute (pour la plupart des personnes) stimule le système nerveux autonome parasympathique, qui au contraire de l’accélérateur qu’est le système sympathique, ralentit les fonctions de l’organisme et apporte l’apaisement. S’entraîner les yeux fermés et les mains au repos permet une relaxation plus grande encore. Quand le corps est au calme, les tensions viennent à la conscience et le mental peut envoyer le souffle les détendre.

S’exercer régulièrement à la respiration abdominale lente et profonde en commençant par cinq minutes quotidiennes a généralement des effets bénéfiques sur le sommeil, l’anxiété, les émotions négatives. Cette technique, the breath-body-mind, a été utilisée avec succès pour aider des personnes à se remettre de leurs stress post-traumatiques après le génocide du Rwanda en 1994, les attaques terroristes du World Trade Center en 2001, le tsunami de 2004 en Asie ou le tremblement de terre d’Haïti en 2010. Elle peut aussi bien-sûr être utilisée en prévention pour renforcer la résilience.

 

Pour un mieux-être

Par le souffle qui connecte le corps et l’esprit, mouvement à la fois volontaire et involontaire, nous sommes invités à accueillir notre condition de créature limitée, à tirer le meilleur parti du temps présent et à garder dans notre vie ce double mouvement de recevoir et de donner. Et au milieu se trouve une pause. Pour savourer, pour admirer, pour être.

 

Clotilde de Cacqueray
Life/Personal Development Coach
www.lifeandmission.co.uk

 

 

BROWN R., GERBARG P., The healing power of the breath, Shambhala, 2012, 168p.
BRADLEY D., Hyperventilation syndrome, Breathing pattern disorders and how to overcome them, Kyle Books, 2016, 126p.