Cécile Faure | Décembre 2018 |  

Monsieur Guillaume Bazard, Consul général de France à Londres

Monsieur Guillaume Bazard a pris ses fonctions de Consul général de France à Londres le 3 septembre 2018, succédant à Madame Sylvaine Carta-Le Vert, devenue Ambassadrice de France en Nouvelle Zélande.

Nous avons souhaité le rencontrer pour qu’il nous parle de son parcours, de la mission consulaire et tente autant que possible d’apporter un éclairage sur les conséquences du Brexit pour les Français du Royaume-Uni.

Le 16 octobre dernier il nous a ouvert les portes de son bureau au Consulat français de Londres pour nous accorder un peu de son temps malgré une journée fort chargée.

 

Monsieur Bazard, vous venez d’être nommé au poste de Consul général de France à Londres. Vous arrivez de Paris, mais vous avez occupé des postes à l’étranger avant, en Norvège (pays dont vous parlez la langue) et au Portugal notamment. Quelles sont vos premières impressions sur cette affectation au Royaume Uni ? Comment se définit votre poste aujourd’hui ?

 

Depuis 1989, j’ai occupé de nombreux postes, tant au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à Paris qu’à l’étranger. J’ai eu la chance d’exercer des fonctions variées (politique, presse culture, encadrement), essentiellement en Europe occidentale mais aussi comme second à l’Ambassade de France à Sarajevo en Bosnie au lendemain de la guerre, et en tant que conseiller politique à l’Ambassade de France à New-Delhi en Inde. La Norvège occupe une place particulière dans mon parcours, du fait de mon cursus universitaire (Licence de langue vivante étrangère scandinave – le norvégien) et de mon choix de cœur ultérieur puisque mon épouse est ressortissante de ce pays. Ces raisons, m’ont conduit à effectuer deux missions à Oslo à près de vingt ans d’intervalle.

 

Mes impressions de Londres et du Royaume-Uni, ces dernières semaines, ne sont pas les  premières, car j’ai déjà occupé un poste à Londres en tant que diplomate d’échange au British Foreign Office pendant un an (2003-2004). Ma mission était axée sur les relations extérieures entre le Royaume-Uni et les pays du continent africain. De tels échanges de diplomates permettent de mieux appréhender la vision de l’autre dans ses choix de politique étrangère, et de renforcer la collaboration diplomatique entre pays.

 

La mission de Consul général de France s’exerce selon trois axes :

  • il s’agit avant tout de diriger une équipe, dont la taille est proportionnée à l’importance de la communauté française. En tant que  chef de l’administration consulaire, le Consul général est l’un des chefs de services placés sous l’autorité de l’Ambassadeur ;
  • c’est essentiellement une mission de service aux usagers, d’assistance administrative (i.e. état civil, délivrance de documents d’identité) et d’aide aux Français faisant face à des difficultés (décès, emprisonnement, précarité, etc).
  • Enfin, le Consulat général participe à la politique de rayonnement de la France, en délivrant des visas à certains étrangers résidents au Royaume-Uni et souhaitant se rendre en France. En 2017, nous avons délivré plus 110 000 visas.

 

Notre mission au service des ressortissants français au Royaume-Uni s’inscrit, dans un contexte de sécurité qui reste tendu, avec un risque terroriste toujours élevé. En situation de crise, le service consulaire ne peut se substituer aux autorités du pays, mais il doit se tenir prêt à apporter assistance  à ses ressortissants qui en ont besoin.

 

Pour toutes ces raisons il est fondamental de s’inscrire au registre consulaire des Français. Au 31 décembre 2017, on recensait 147 500 inscrits mais on estime le nombre de Français sur le territoire britannique aux alentours de 300 000.

 

L’actualité depuis deux ans maintenant est fortement influencée par les négociations du Brexit, et les Français installés au Royaume-Uni sont pour beaucoup inquiets quant au sort qui leur sera réservé, que ce soit pour ceux qui sont sur le territoire britannique depuis longtemps ou pour ceux fraîchement arrivés. Les directives et informations des autorités britanniques semblent varier et évoluer dans le temps. Que faire ? Quels sont les conseils que vous pouvez leur donner ? Peuvent-ils contacter un département en particulier pour se renseigner et exposer leurs inquiétudes ?

 

En effet, le contexte du Brexit donne une dimension très particulière à ma mission. Beaucoup de Français sont inquiets pour la préservation de leurs droits. Certains ont quitté le Royaume-Uni, d’autres s’interrogent. La majorité attend avec impatience de connaître l’issue des négociations en cours. La perplexité est renforcée par le fait qu’il n’existe aucun précédent de sortie d’un Etat de l’Union Européenne.

 

Il me semble qu’il convient de distinguer trois niveaux différents auxquels se pose la question de la situation des ressortissants européens. S’agissant des intentions politiques, les responsables britanniques ont réaffirmé à de nombreuses reprises, et encore récemment, leur souhait de voir les européens rester au Royaume-Uni. Dans le cadre de la négociation entre Londres et Bruxelles en vue d’un accord général, le chapitre concernant les droits des citoyens a été conclu, mais son application dépend de l’accord global.

 

Il reste donc la question d’une éventuelle absence d’accord, le fameux « no deal ». Rien n’indique que la position du Gouvernement britannique sur le maintien des droits des européens serait différente dans ce cas de figure. Mais nous attendons encore la confirmation formelle que la procédure du « settled status », qui permettra aux Français installés au Royaume-Uni d’y rester sans perdre leurs droits, sera bien mise en œuvre même sans accord. La levée de cette incertitude contribuera beaucoup à rassurer.

 

Quand ce statut de résident sera mis en place, le Consulat général n’aura bien entendu pas vocation  à se substituer à l’administration britannique. Mais je souhaite veiller à ce que nos compatriotes disposent d’une information aussi complète, cohérente et pratique que possible. Enfin, un certain nombre de Français pourraient rencontrer des difficultés à effectuer les démarches nécessaires. Nous nous efforcerons de concentrer vers eux notre effort d’assistance, conjointement avec le tissu associatif français. Le Home office reste seul décideur des conditions de résidence et mesures applicables, mais le Consulat peut aider en s’assurant que l’information correcte est reliée via son site web, la lettre consulaire à laquelle il faut s’inscrire et les réseaux sociaux.

 

Les mouvements démographiques reflètent-ils aujourd’hui les incertitudes liées au Brexit ?

 

Le nombre de nos ressortissants reste difficile à évaluer. Les seuls chiffrent dont nous disposons sont ceux des compatriotes qui s’inscrivent au registre des Français établis hors de France. Ces chiffres ont continué à augmenter en 2017, mais moins rapidement que les années antérieures. Pour autant, une inscription supplémentaire n’implique pas nécessairement une nouvelle installation. Il peut s’agir de Français résident depuis longtemps mais qui, Brexit oblige, juge plus sûr de s’enregistrer. En tout état de cause, l’ensemble des activités du Consulat ont sensiblement augmenté ces dernières années. Les chiffres de 2018 nous apporteront des indications complémentaires.

 

En tout état de cause, on estime que seule la moitié environ des Français s’inscrit au registre consulaire. Il est donc très difficile d’évaluer finement l’évolution de notre communauté. Un facteur objectif est néanmoins la moindre pression constatée sur le réseau scolaire, avec une très légère baisse des effectifs et surtout une demande non satisfaite fortement réduite.

 

Bien que le Royaume Uni sorte de l’Union Européenne, les ressortissants français restent des citoyens européens. L’année 2019 sera marquée par l’élection des députés au Parlement Européen. Quelle est la portée de ces élections aujourd’hui, et comment les Français du Royaume-Uni peuvent ils y participer ?

 

En effet, le 26 mai 2019 auront lieu les élections au Parlement européen. Ce scrutin est très important, au regard notamment des différentes conceptions du projet européen qui s’opposent actuellement sur le continent. Les citoyens de l’Union doivent pouvoir indiquer leurs préférences entre une tendance au repli nationaliste, ou la réforme d’un processus d’intégration plus protecteur.  En conséquence du processus de retrait du Royaume-Uni de l’Union Européenne, il faut noter qu’il ne sera plus possible de voter dans le système britannique.

 

Le dispositif mis en place sera similaire à celui des élections de 2017 en terme d’implantation géographique. A Londres, les bureaux de vote seront ouverts au Lycée Français Charles de Gaulle de South Kensington, au Lycée International de Londres Winston Churchill à Wembley et au Consulat. Nous espérons que la participation sera à la hauteur des enjeux, et ces élections vont requérir une forte mobilisation de l’ensemble des services consulaires. Pour cette raison, nous faisons appel aux volontaires et invitons vos lecteurs à remplir le formulaire mis à disposition [voir page ci-contre]

 

Il est également important de noter qu’à compter du 1er janvier 2019, l’inscription simultanée sur deux listes électorales (en France et à l’étranger) ne sera plus possible. L’électeur devra donc effectuer un choix dans un délai de six semaines avant l’élection, dans le cas des élections au Parlement européen la date limite d’inscription est le 31 mars 2019.

 

Ce regard neuf que vous apportez, comment s’exprimera t-il dans les mois à venir ? Qu’avez-vous envie de nous dire ici ?

 

Je souhaite attirer l’attention de nos compatriotes sur ce que j’appellerais volontiers une certaine exception consulaire française. Aucun autre pays à ma connaissance n’apporte une telle gamme de prestations de service public à ses ressortissants à l’étranger.

 

À Londres, cela se traduit par une  équipe de près de 80 personnes, agents titulaires et de droit local, travaillant au Consulat dans un remarquable esprit de service public. À cette équipe s’ajoute notre Consulat général à Edimbourg, et notre réseau de Consuls honoraires.

 

Il existe par ailleurs un formidable maillage d’élus représentants les Français de l’étranger, parlementaires ou conseillers et délégués consulaires, et un surprenant tissu associatif français comme en témoignent les nombreuses manifestations et forums organisés.

 

Mon message à nos compatriotes consiste donc, pour l’essentiel, à leur faire prendre conscience de ce dispositif, et de les inviter à s’inscrire en ligne au registre consulaire, afin de bénéficier pleinement des informations et services disponibles. (lien : https://uk.ambafrance.org/Inscription-au-registre-des-Francais-etablis-hors-de-France).

 

Quant à ceux qui nous connaissent, je ne peux que les inviter à donner leur avis sur l’efficacité de nos services en répondant à l’enquête mise en place par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.  (lien : https://uk.ambafrance.org/Enquete-sur-la-qualite-et-l-efficacite-du-service-public-consulaire).