Agnès Anquetin-esposition durand RuelPaul Durand-Ruel et son pari sur l’impressionnisme.

C’est à Londres, en 1870, que Paul Durand-Ruel rencontre Claude Monet et Camille Pissarro. Le marchand d’art y ouvre une galerie à Mayfair, 168 New Bond Street, où il expose aussitôt les deux artistes.

De retour à Paris après la guerre, Durand-Ruel découvre leurs collègues et amis : Pierre-Auguste Renoir, Alfred Sisley, Edgar Degas, Edouard Manet, Berthe Morisot… Le marchand devient leur premier collectionneur. Il parie sur leur avenir comme il l’a fait précédemment avec les peintres dits de l’Ecole de Barbizon : Corot, Rousseau, Millet… Il les expose dans ses trois galeries, celle de Londres, celle de Bruxelles ouverte en 1871 et celle héritée de son père au 16 rue Laffitte, peu de temps avant la guerre.

Il publie ses artistes dans un recueil d’estampes, où il a l’intention d’illustrer le travail de ses nouveaux peintres, mais aussi de ceux qu’il appelle la belle Ecole de 1830, qui englobe Delacroix et les artistes dits de Barbizon. Malheureusement, il n’a plus assez d’argent pour achever cet ouvrage ni même pour continuer à acheter des tableaux ! Il s’est compromis, aux yeux de ses clients habituels, en achetant les œuvres d’artistes aussi sulfureux que Manet, dont l’Olympia fit scandale il n’y a pas si longtemps, en 1865, au Salon des Refusés. Les goûts nouvellement affichés du marchand, jusqu’ici considéré comme un expert dans son domLa Tamise de Monetaine, font maintenant fuir la clientèle ! Il est endetté, au point de devoir brader une partie de son énorme stock de tableaux d’artistes dits de Barbizon, qu’il gardait précieusement en attendant qu’ils prennent de la valeur.

Durand-Ruel connaît un répit financier en 1880 avec la confiance accordée par la Banque de l’Union Générale, ce qui lui permet d’acheter à nouveau massivement les tableaux de ses peintres ; mais la banque ferme en 1882. Il tient bon malgré tout. Faute de pouvoir continuer dans sa frénésie d’achat, il expose ce qu’il a acquis. Il entreprend en 1883 une série d’expositions individuelles. Celles-ci, moins onéreuses que les coutumières expositions de groupe, permettent d’appréhender de manière toute nouvelle l’univers d’un artiste et de saisir sa démarche.

S’il a dû fermer en 1875 ses  galeries de Londres et de Bruxelles, il  continue d’envoyer ses tableaux partout où il peut y avoir, à l’occasion d’une exposition,  un marché potentiel : Londres, Berlin, Boston. Il expose notamment en 1886 à New York, où il est accueilli par un public plutôt  favorable à celui qui  a contribué à la célébrité des artistes de Barbizon aux Etats-Unis. Les achats commencent modérément mais, grâce aux contacts de collectionneurs,  donnés à son marchand par l’artiste américaine Mary Cassatt, Durand-Ruel est confiant, au point d’ouvrir une galerie à New York sur la 5ème Avenue.

Petit à petit, le marché américain devient florissant, ce qui a des répercussions en Europe. C’est ainsi  que Durand-Ruel organise en 1905 la plus grande exposition jamais faite sur les impressionnistes aux Grafton Galleries de Londres, tout près de New Bond Street, où, 30 ans plus tôt, il présentait les artistes d’avant-garde qu’il venait de découvrir et qu’il n’a, dès lors, pas cessé de soutenir.

Tout en offrant  un regard original sur  l’impressionnisme, l’exposition, un régal pour les yeux, permet  de saisir le rôle capital que peut jouer le marchand dans l’histoire de l’art.

 

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Expositon Inventing Impressionism, The National Gallery

Mars-mai 2015.