People Plattner

Patricia Plattner est décédée le 5 septembre. L’ECHO Magazine l’avait interviewée en 2015:

 

En mai 2015, l’ambassade de Suisse à Londres présentait le film Bazar (2009) avec, à l’affiche, deux de nos actrices françaises préférées : Bernadette Lafont et Lou Doillon. Rencontre avec Patricia Plattner, la réalisatrice suisse de cette comédie dramatique, bohème et peu conventionnelle.

A l’inverse du couple lolita / PDG un peu sénile maintenant traditionnel à l’écran et dans la vie courante, vous racontez dans Bazar, l’improbable relation amoureuse entre un jeune homme et une femme à l’aube de la retraite. L’amour n’a pas d’âge, certes… Mais le thème est presque dérangeant – peu traité au cinéma ou dans la littérature… Est-ce un fait divers ou une histoire particulière comme celle d’Harold et Maude qui vous a inspirée ?

Ni l’un ni l’autre ; c’est une idée de Bernadette Lafont, qui se lassait un peu du « manque d’originalité des scripts et des rôles de grand-mère » qu’on lui proposait à l’époque. C’est cette remarque qui m’a suggéré ce thème ; j’ai donc écrit le scénario avec l’actrice principale en tête, sans être totalement sûre qu’elle accepterait le rôle. En fait, plus que d’amour, le film parle d’énergie et de liberté. Gabrielle, le personnage principal, est expulsée de son bazar d’antiquaire. Son petit monde s’écroule ; elle refuse de succomber à une retraite pantouflarde et a besoin d’un nouveau souffle pour rebondir. Sur fond de blues et de musique folk russe, elle s’engouffre dans une relation improbable avec un jeune ouvrier portugais de 25 ans. Elle doit alors faire face à l’incompréhension de l’ensemble de son entourage, y compris de sa fille (Lou Doillon), qui lui annonce qu’elle est enceinte. Pas facile d’être une femme libre à 60 ans ! Mais, lorsque comme elle on a eu 25 ans en 68, il est impensable de ne pas avoir le choix, impossible de laisser la société contrôler votre vie et vos émotions ! Le seul qui écoute Gabrielle est son avocat gay qui comprend la marginalisation mieux que tous ses amis.

Vous parlez passionnément, y a-t-il un élément autobiographique dans cette histoire ?

Un peu… J’ai vécu 36 ans avec un mari de 30 ans plus âgé que moi ! Je l’ai fait apparaître dans tous mes films, un peu à la manière d’Hitchcock et c’est pour moi un immense moment d’émotion chaque fois que je le vois traverser l’écran.

C’est donc possible, l’amour malgré une telle différence d’âge ?

Dans le film, les deux personnages principaux se rencontrent à un moment « flou » de leur vie. Ils sont un peu en errance, ont besoin de liberté, de s’évader des codes sociaux rigides et moralisateurs. Mon histoire d’amour avec L. est différente. Une très belle histoire de vie. Elle serait longue à raconter ici et je n’en ferai pas le sujet d’un film.

Pourquoi ces nombreuses scènes de nudité masculine ? Ce sont généralement les femmes qui se déshabillent à l’écran ?

Parce que Pio Marmaï (l’acteur principal) est un très bel homme ! Et que c’est une manière de faire ressentir aux spectateurs la fascination que Gabrielle éprouve pour la santé, la liberté, la jeunesse de son amoureux. Et puis, par pudeur, Bernadette Lafont ne voulait pas trop se montrer. En revanche, elle a osé le funky look blouson rouge, legging et jupette !

Merci à Camilla Ghislanzoni de la New Helvetic Society, pour l’organisation élégante et enthousiaste de cette projection.

Propos recueillis par Francine JOYCE

(L’ECHO Magazine Octobre-Novembre 2015)