| Cécile Faure | Juin 2019 |

 

Valérie Gabail enseigne le discours politique, et la voix appliquée au théâtre Shakespearien au London College of Music (University of West London). Elle enseigne également aux acteurs de l’Academy of Live and Recorded Arts à Londres une technique vocale psychophysique développée par la pédagogue Kristin Linklater, mondialement connue pour son efficacité sur la voix et le jeu des acteurs.

Et entre deux chapitres de son mémoire de fin d’études en Master of Fine Arts en Voice Studies à la Royal Central School of Speech and Drama de Londres, elle a accepté de répondre à quelques unes de nos questions sur le travail de la voix.

 

Qu’est ce que la voix ? Est-elle un reflet de notre personnalité ? Existe t-il un écart entre ce que nous percevons de notre voix et sa perception par les autres ?

Si l’on veut comprendre la nature-même de la voix parlée, il est essentiel de la considérer d’emblée comme un phénomène physique, forgé à l’intérieur du corps et par conséquent incarné. La voix est le reflet de nous-mêmes en ce sens qu’elle est intimement liée au souffle, et que le souffle est lui-même le reflet de nos émotions et de nos états d’âme. Il suffit de prendre quelques minutes un jour pour observer sa respiration, et de noter combien elle varie selon les situations que nous vivons. La voix, c’est du souffle audible!

Si la voix est un phénomène physique, elle est aussi un phénomène culturel, déterminé par l’éducation, la culture, l’environnement dans lequel nous vivons. Enfin, elle est déterminée par le genre.

Il est important de prendre en considération toutes ces composantes afin de personnaliser le travail et de répondre aux demandes qui varient nécessairement d’une personne à l’autre.

 

Quelles sont les raisons pour lesquelles on vient vous voir ? Quel est l’âge de vos clients (enfant, adulte) ?

Certaines personnes souhaitent atténuer un accent étranger jugé pénalisant en milieu anglophone – accent softening. D’autres désirent mieux communiquer en entreprise et gagner en crédibilité dans leur milieu professionnel ou cherchent à développer leurs compétences en matière de présentations publiques.

Toutes ont intégré que l’art de communiquer et de créer un impact est absolument essentiel de nos jours, dans un monde de forte compétitivité et d’hyper-communication. En dehors du milieu de l’entreprise, on trouve aussi les acteurs et chanteurs qui travaillent leur technique vocale et leurs textes ou partitions.

Personnellement je n’enseigne pas aux jeunes enfants, ne m’estimant pas formée pour ce type de travail très particulier.

 

En quoi consiste une session ? Combien faut il compter de sessions pour espérer trouver cette voix qui nous convient le mieux ? Sera t elle définitivement acquise ou doit on encore et encore la retravailler ?

Je ne peux ici que parler de mon expérience personnelle…

Une première séance de travail se déroule en général de la façon suivante: au cours d’une discussion informelle avec mon client, j’identifie ses habitudes de communication (sa posture, d’éventuelles tensions physiques, les mouvements de son visage, son souffle, son débit, le son et le placement de sa voix, etc. )

Je lui demande ensuite de me lire un texte, comme lors d’une présentation, et je notifie de nouvelles spécificités.

Suite à cette investigation, je commence le travail physique qui va permettre au client de notifier certaines habitudes qui peuvent entraver sa communication, et de les corriger si besoin est. Je suis une progression logique qui commence par le travail postural, puis le souffle, puis pose de la voix sur le souffle, la recherche de la résonance et de l’intonation, et enfin l’articulation.

Lorsque nous avons couvert cette progression et détaillé ensemble les habitudes qui peuvent être améliorées, nous appliquons ce travail directement sur un texte. Ce peut être un poème, un texte destiné à une présentation future, ou bien une simulation de situation à venir et qui représente un challenge en cours pour le client. Les séances suivantes sont toujours divisées entre échauffement physique et vocal afin de reconnecter le participant à son corps et à son instrument vocal, et l’application des nouvelles compétences à un texte ou une situation donnée.

Le travail sur le texte se portera principalement sur le lien aux mots et au sens, l’attention portée à la ponctuation, à la rhétorique, et la connections émotionnelle. Un bon communicant est quelqu’un qui sait se laisser affecter par le sens de ce qu’il dit, et ainsi impacter son auditoire. Le couple Obama est un bel exemple d’orateurs complètement connectés à l’aspect émotionnel, intellectuel et corporel de leur texte, et par conséquent de leur public. Le quatuor harmonieux entre corps, voix, émotions et intellect est ce qui doit guider un bon orateur.

 

La voix étant éminemment physique et musculaire, il est essentiel de pratiquer régulièrement les exercices si l’on veut espérer progresser de façon rapide et durable. Il est aussi essentiel de se familiariser avec le son de sa propre voix en lisant et en pratiquant ses présentations à voix haute. S’enregistrer régulièrement est une torture au début, mais s’avère une des manières les plus efficaces d’identifier et de modifier son impact et ses habitudes de communication.

La gestion du trac est évidemment un des points importants de mon travail. Encore une fois, la meilleure manière de contrer ses peurs et de communiquer sereinement devant un auditoire, c’est de se préparer en amont, comme un athlète, sans rien laisser au hasard. Pratiquer régulièrement ses exercices physiques et vocaux afin de se connecter pleinement à son corps et à son instrument, refaire le déroulé physique (et mental) d’une communication ou d’une présentation à venir. Travailler sur des exercices de visualisation afin de reprogrammer d’éventuelles fausses croyances liées à la perception de soi face à un public donné. L’ancrage corporel, la connaissance de son corps et de sa voix, la préparation mentale et physique, concourent à une maîtrise de soi en situation de stress et à une communication libre et authentique. Ce dont le public a éminemment besoin.

 

Échange épistolaire entre Cécile Faure et Valérie Gabail