| Hélène Guild | Mai 2020 |

 

Prendre son bâton de pèlerin

Crédit photo : Simon Guild

 

Rompre avec le quotidien

Besoin de rompre avec le quotidien, quête intérieure, envie d’ailleurs ou de défi sans performance… Voici une invitation au pèlerinage, avec ou sans religion. Partons en pleine nature à la recherche d’une expérience spirituelle.

Le randonneur devient progressivement pèlerin et chercheur d’un sens profond. L’endurance remplace la performance. Il n’y a pas que les chemins de St Jacques de Compostelle pour tenter cette expérience. Les chemins de pèlerinage dans les îles britanniques offrent les plus beaux paysages et évitent les routes. Le mot pèlerin vient du latin peregrinus « étranger, celui qui est d’un autre pays ». Jadis le fidèle se rendait sur un lieu saint pour des motifs religieux, dans un esprit de dévotion. Aujourd’hui, cette expérience unique et personnelle vise surtout le dépassement de soi quelle que soit sa croyance. Seulement 20% des pèlerins du Camino partent pour des raisons strictement religieuses.

En prime time sur Radio 4, le British Pilgrimage Trust (BPT) lance en 2020, trente nouveaux chemins de pèlerinage qui relient sites préhistoriques, sommets, sites de l’Âge de Bronze et les plus belles cathédrales du pays.  Le pèlerinage made in the UK relie patrimoine historique et nature, lieux saints et traditions ancestrales. À chaque cathédrale son chemin !

 

The Old Way

Guy Hayward, fondateur du BTP depuis 2014, explique avec enthousiasme “nous fêterons cette année les 850 ans de Thomas Becket, qui fut assassiné dans la magnifique cathédrale du Kent”. The Old Way, ce sont 400 km de randonnée (18 jours environ) entre Southampton et Canterbury, un chemin déjà tracé sur la Gough Map au XIVème s, époque des Canterbury Tales de Chaucer. Ce parcours emprunte exclusivement des chemins à travers la campagne anglaise. Il permet de découvrir l’histoire du sud du pays, de l’homme de Boxgrove (il y a 500 000 ans) à Henri VIII, en passant par Guillaume le Conquérant.  Il faut savoir que la tradition du pèlerinage, qui remontait aux premiers chrétiens, a sombré dans l’oubli après la période noire d’Oliver Cromwell et l’interdiction du culte des saints en 1538.

 

À chacun son Mont St Michel

Une croyance ésotérique veut que le Saint Michael Mount soit situé sur un axe tellurique qui relierait différents Monts Saint-Michel en Europe, en partant de l’ancien monastère dédié à saint Michel, sur l’île Skellig Michael en Irlande, en passant par le mont Saint-Michel en France, le Monte Gargano dans les Pouilles, l’île de Délos en Grèce, et jusqu’à la Lydie où saint Georges aurait tué le dragon1. De part et d’autre du Channel, le culte de saint Michel existe depuis le Moyen-Âge. À l’issue de l’invasion normande, les deux Monts sont reliés par les pèlerins qui viennent d’Irlande, via le Pays de Galles, pour rejoindre l’abbaye normande. En Cornouailles, on se rend aussi à pieds à marée basse au Saint Michael Mount en empruntant la voie pavée qui apparaît lorsque la mer se retire. Contrairement à son grand frère, l’îlot anglais est aujourd’hui la résidence d’une vieille famille anglo-normande, les St Aubyn. Les pèlerins d’un jour marchent de Lelant à Marazion  et peuvent faire tamponner leur passeport du St Michael Way pour enregistrer leur parcours et valider en même temps une étape dans leur passeport pour Compostelle.  Le parcours s’allonge en choisissant d’emprunter le Cornish Celtic Way qui suit la fameuse ligne St Michel en passant par Glastonbury et Avebury, site préhistorique remarquable.

 

En Ecosse, la pluie du matin n’arrête pas le pèlerin

La conversion des îles britanniques à la religion chrétienne date de l’occupation romaine et commence dans le sud de l’Ecosse. À l’époque celte, les premiers chrétiens s’appellent Ninian, Columba, Magnus, Aidan et Oswal. Sur la côte ouest de l’Écosse, l’île d’Iona avec St Columba reste l’épicentre de la chrétienté écossaise depuis 1 400 ans. Grâce au Scotland Scottish Trust, l’île d’Orkney est maintenant le départ d’une nouvelle route dédiée à St Magnus pour marquer les 900 ans de sa mort. À proximité d’Édimbourg, la magnifique Rosslyn Chapel, datant du 15ème siècle, est aussi connue pour ses légendes mêlant, templiers, St graal et franc-maçonnerie. Le pèlerinage d’une journée passe par Craigmillar castle, Arthur’s Seat, le palais de Holyrood et la cathédrale de St Mary. Un peu plus loin, le St Hilda’s Way vous mène de Hinderwell à Whitby Abbey sur les pas de St Hild, princesse anglo-saxonne, cheffe spirituelle qui convoqua en 664 le Synode de Whitby en tant que première abbesse du monastère de Streonshalh. L’histoire des lieux de cultes chrétiens est fascinante. Jadis situés sur d’anciens lieux de guérison païens et choisis pour leur influence guérisseuse, puis conquis par les envahisseurs saxons ou vikings, les monuments cachent les stigmates des différentes croyances et cultures.

 

Sur les pas des saints anglo-saxons

Holy Island est l’aboutissement du St Cuthbert Way, un chemin de 100 km qui commence à la frontière écossaise et qui aboutit à Beal, une baie immense ensablée.

Créé en 1996, ce chemin retrace une histoire de 1300 ans, sur les pas de St Cuthbert à Melrose Abbey. Réputé pour être the Fire in the North, Cuthbert, moine du 7ème siècle était un voyageur infatigable, proche de la nature et qui n’avait peur de rien. Aujourd’hui, son chemin traverse des paysages à couper le souffle. La légende et la belle croix de St Cuthbert sont intactes dans la cathédrale de Durham, l’un des plus beaux exemples d’architecture anglo-normande.

Un peu plus court, le Hadrian’s Wall Pilgrims’Way commence au sommet d’une colline au fort romain de Housesteads Roman Fort, lieux de culte païen des Hooded Gods. Ensuite, vous suivez le mur d’Hadrien et passez  par le site du temple romain dédié au dieu de la lumière pour arriver à l’église de St Oswald à Heavenfield (37km).

Ces chemins sont l’occasion de visiter le patrimoine culturel britannique, d’apprécier des lieux naturels très préservés et surtout de sortir de son quotidien pour le temps d’un pèlerinage. Dans le dépouillement du voyage, on va plus vite à l’essentiel, le superflu s’efface. Manger, dormir, marcher, écouter… Toute rencontre a un sel particulier, que ce soit avec des compagnons de route d’un jour, des pèlerins d’un autre pays, des hôtes qui ouvrent leur porte.  Et si vous partiez seul ?

 

Hélène Guild

 

A lire
  • Emma WELLS J, Pilgrim routes of the British Isles, Robert Hale ltd, 2016,  240 p
  • Robert MCFARLANE, The Old Ways,  Penguin, 2013, 448 p
  • Clare GOGERTY, Beyond the Footpath,  Platkus, 2019,  256 p
  • SimonJENKINS, England’s Cathedrals, Little Brown, 2016,  384 p
  • Derry BRABBS, Pilgrimage: The Great Pilgrim Routes of Britain and Europe, 2017, 256 p
  • Ron SHAW, St Cuthbert’s way, Birlinn, 100 p

 

À consulter

 

Conseils pratiques
  • ne pas commencer la randonnée au long cours par de trop longues étapes et s’accoutumer à la marche en trouvant son rythme
  • ne pas s’arrêter trop longtemps pour ne pas briser le rythme du voyage
  • éviter les pas de grande amplitude (genoux souples et légèrement fléchis)
  • choisir un sac PAS trop grand, pour ne pas être tenté de le remplir (50 à 65l) avec une ventilation du dos. Le sac ne doit pas dépasser 10 % du poids du marcheur (soit 7 kg pour un marcheur pesant 70 kg)
  • boire régulièrement et manger des petites quantités au cours de la journée en évitant la longue pause-déjeuner

 

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