| Julie Paquet | Septembre 2020 |

 

Vous souvenez-vous de votre première expérience au musée ? D’une peinture, d’un objet qui vous a marqué ? Parfois la vue d’une œuvre change une vie, fait émerger de nouvelles trajectoires, de nouvelles envies, celle de découvrir le monde, de se plonger dans les sciences, de comprendre la mécanique automobile, l’histoire des momies…

À Londres, la plupart des musées semble avoir très bien compris qui étaient leurs visiteurs les plus curieux : les enfants. Souvent gratuits, ils sont de plus en plus nombreux à s’adapter aux besoins des familles en termes d’infrastructures et d’équipements pédagogiques.

 

Enfants au musée

Alessandra, Emmanuel et leurs parents. Crédit photo : Julie Paquet

 

 

Se rendre dans des musées et participer à des activités culturelles et artistiques pendant l’enfance les chances de faire des études supérieures, de voter ou de s’engager dans les activités bénévoles au bénéfice de la communauté.

Le contact aux arts et aux cultures améliorerait les capacités cognitives des enfants, aurait un impact positif sur leur santé et leur développement. C’est ce que résume un rapport de 2017 de la Cultural Learning Alliance.

Rien de bien nouveau peut-être, mais un frein persiste pour les familles et on ne peut pas les en accabler : aller au musée avec des enfants en bas âge, ce n’est pas forcément une partie de plaisir quand les lieux ne sont pas adaptés.

 

À Londres, les musées chouchoutent les familles

Plus de 240 musées seraient répertoriés dans la capitale. Parmi eux, des musées parfois étonnants, où l’on n’emmènerait peut-être pas les tout-petits, comme le Freud Museum ou le musée du vagin. Pour la majorité des musées pourtant, l’accueil des familles semble être une préoccupation centrale. Une centaine d’entre eux a signé le manifeste de l’association Kids in Museums qui donne explicitement aux musées des conseils pour améliorer leur accueil.

« J’ai vraiment ressenti un changement dans la manière dont les musées accueillent les familles. Depuis deux-trois ans, on sent vraiment un effort”  se félicite Sylvia (photos 10 et 11), mère de deux enfants. Assise à une table au Great Map Café du Maritime Museum, près de la carte du monde géante sur laquelle gambadent des enfants, elle remarque : “Quand j’étais petite, un musée comme ça, avec des petits partout qui jouent, c’était inimaginable. »

En tête des musées préférés des familles, le musée des Transports à Covent Garden, le National Maritime Museum à Greenwich, le Science Museum et le musée de la Poste.

Ces musées, dont les thématiques pourraient, a priori, ne pas déchaîner les foules, font des efforts monumentaux pour se transformer en terrain de jeu pour les enfants de tous les âges. Le public ciblé répond à l’appel, le cas du musée des transports l’illustre bien, car 60% de ses 400 000 visiteurs annuels sont des familles.

 

À chaque âge son musée

Rendez-vous un week-end au National Maritime Museum et vous vous demanderez sûrement si vous êtes dans une joyeuse garderie ou bien dans un musée. Les espaces centraux et une galerie entière sont dédiés aux tout-petits de zéro à sept ans et de six à douze ans.

Andrew et sa fille Luna, deux ans, dessinent à une table. C’est la semaine LGBTQ+ au musée et les enfants sont invités à dessiner des masques ou costumes de drag-pirates. Au final, c’est surtout un adorable barbouillage coloré qu’on observe. « On vient ici presque tous les week-ends, c’est vraiment l’un des musées les plus adaptés pour les tout-petits, ils ont tout le matériel qu’il faut pour que les enfants fassent du bricolage et surtout c’est gratuit ! »  explique Andrew.

Au British Museum, peu de bambins dans les galeries : les enfants les plus jeunes sont presque tous en âge de lire, les lieux sont beaucoup plus silencieux.

Des activités pédagogiques sont organisées à part. Callia, 11 ans, et son frère Christo, 8 ans, reviennent tout juste d’une activité autour des contes troyens et de la mythologie grecque. Pour leur maman, Chrysanti, il est absolument nécessaire d’emmener ses enfants au musée : « Aller au musée, c’est s’ouvrir au monde, c’est apprendre le respect, c’est avoir un autre regard sur les personnes qui viennent d’ailleurs parce qu’on comprend leur culture, leurs arts. Et puis, c’est aussi comprendre d’où l’on vient.” » 

 

Créer le dialogue au sein des familles 

Le musée ne doit pas être un lieu sacré, au silence religieux, et puisque son rôle est de nous questionner, de nous faire découvrir le monde, il est important de dialoguer en famille de ce qu’on observe.

Au Petrie Museum of Egyptian Archeology, tout est organisé pour que les familles dialoguent.

De prime abord, le musée est pour le moins austère : le visiteur est accueilli par des rangées de vitrines dans lesquelles sont alignés des dizaines de milliers d’objets : bijoux, céramiques, objets de la vie courante, tessons…

Pour les enfants, le musée se transforme en vaste terrain d’exploration. À leur arrivée, des kits d’archéologues leur sont remis, dans lesquels on trouve une loupe, une lampe torche et un carnet d’activités. « Le but de ces kits est de créer des discussions au sein de la famille, explique Helen Pike, responsable de l’accueil du public, et puis ce qui est génial avec les enfants, je le sais bien parce que je suis moi-même mère, c’est que souvent leurs hypothèses dépassent l’imagination des adultes, ils ont des propositions extrêmement intéressantes et créatives ! ».

Les musées fournissent aussi des exemples concrets de sujets étudiés à l’école. Ils appuient le propos du cours d’histoire, alimentent l’imaginaire et sont parfois utilisés par les professeurs pour rendre plus ludiques leurs cours. « On a des professeurs de mathématiques qui viennent avec leurs classes pour rendre la discipline plus attrayante : ils utilisent les frises chronologiques pour faire des calculs d’années, combien sépare l’année -1500 avant JC de -32 ? C’est une manière ludique de combiner différentes disciplines ! »

Et si l’on utilise comme outil de mesure les sourires des enfants, la conclusion est très vite établie : « Alors, on va voir quel musée le week-end prochain ? ».

 

Julie Paquet

 

Première expérience de musée :

  • Chrisanti : « Aller au musée c’est aussi comprendre d’où l’on vient. Mes deux parents sont grecs et je me souviens de l’émotion que j’ai eue la première fois où je suis allée au British Museum, en voyant les marbres grecs, des marbres magnifiques. J’ai été frappée parce que j’ai fait le lien avec mes propres origines, ici dans ce musée à Londres. »

  • Barrie 71 ans : « Mes premiers souvenirs de musées… je devais avoir une dizaine d’années, c’était au British Museum. J’avais de la chance parce que ma mère m’emmenait souvent au musée. Ce qui m’avait frappé, c’était la pierre de Rosette. J’ai été frappé par ces trois langues sur la pierre, par son histoire, par ces signes gravés. Ça a été un tournant dans ma vie. Aujourd’hui je cultive une passion pour l’histoire, pas seulement l’histoire égyptienne, mais l’histoire en général. »

  • Maria : « Mon premier souvenir de musée, c’était les momies du musée Pushkine à Moscou. Ma mère m’avait préparée à l’avance, m’avait expliqué ce qu’était une momie. J’ai été complètement fascinée et ce sont des images qui ne s’effaceront jamais dans ma tête. »

 

 

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