| Marie de Montigny |

 

Crédit photo : LKLB

Le CV imprimé depuis son compte LinkedIn compte cinq bonnes pages, on y pioche les mots « Chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur », « Chevalier de l’ordre national du Mérite», « gestion de crise », « Conseiller auprès du Chef d’état-major de l’Armée de Terre » ou encore des références à des actions menées à la suite d’attentats d’un côté ou de l’autre de la Manche et que nous avons encore tous en mémoire. Un sérieux qui tranche avec ce que l’on connaissait du caractère jovial et volubile de notre collègue et interviewée du jour, Violaine-Patricia Galbert.

 

Un livre à la croisée du personnel et du professionnel

 

Publié en novembre dernier aux éditions Odile Jacob, Vivre avec une victime d’attentat, le traumatisme des proches trouve sa genèse tant dans la vie professionnelle que personnelle de Violaine-Patricia.

« Très tôt, j’ai eu cette confrontation aux évènements graves. Puis je me suis rendue compte que dans la littérature, il y a beaucoup de choses écrites sur les victimes elles-mêmes, mais rien sur le calvaire des familles et sur le traumatisme que la victime va induire sur son entourage. »

Des épreuves personnelles sur lesquelles elle revient dans l’avant-propos : petite fille, elle est marquée par la perte d’un oncle favori et sa épouse, victimes d’un accident de voiture, sans qu’elle puisse s’en confier à un adulte. Alors qu’elle n’est toute jeune fille, l’accompagnement jusqu’à la fin de sa mère atteinte d’un cancer. A cela s’ajoute la tourmente du tsunami de 2004 dans laquelle, mère de famille, elle est prise avec ses enfants. Des tragédies dont elle brosse les effets sur elle-même et son entourage.

Côté professionnel, elle travaille avec des délinquants sexuels, des alcooliques et des toxicomanes, s’intéressant particulièrement à la souffrance des proches.

Plus tard, installée à Londres comme conseillère conjugale, elle reçoit en tant que psychologue des Français de Londres, victimes ou proches de victimes des attentats de Paris, Nice ou encore de Westminster ou London Bridge. A la suite de ces expériences et avec d’autres, elle monte la Cellule de Soutien Psychologique d’Urgence (CSPU), qui offre un soutien psychologique d’urgence aux Français résidents ou touristes, en cas d’évènement grave, afin de prévenir l’apparition des troubles de stress post-traumatique.

 

Un guide pratique

 

Le livre est conçu comme « un guide pratique, utile », agrémenté de tests, volontairement exempt de situations vécues, découpé en parties et sous-parties qui permettent de le consulter sous différentes entrées, « à tout moment et à n’importe quelle page », aidé en cela par une table des matières exhaustive. « D’où parfois des redites, mais nécessaires et indispensables pour pouvoir s’y retrouver ».

L’ouvrage s’articule en trois parties : Comprendre ce qui arrive, Comment aider la victime de l’attentat et enfin Vivre avec la victime d’attentat.

Violaine-Patricia y montre « ce qui se passe pour les proches, la famille, les amis, les collègues (en résonnance à) ce que vit la victime. Il y a pendant l’évènement lui-même, puis la vie ensuite, avec toutes les démarches à faire, et enfin le quotidien. Le quotidien qui dure avec l’incompréhension des proches, (face aux) choses (qui) ne changent pas, leur sentiment que la personne ne se secoue pas. Que fait-on face à quelqu’un qui ne veut pas reconnaître qu’il souffre d’un trouble de stress post-traumatique ? ».

Destinée aux proches de victimes d’attentats, cette publication peut aussi trouver son sens dans les mains de l’entourage de victimes d’évènements graves du type « agression, viol, catastrophe naturelle, maladie soudaine, accident, accident opératoire ». Ou encore entre celles « des politiques, de l’armée, infirmiers, pompiers,  assistantes sociales, étudiants dans le médical ».

 

Prendre en compte la blessure psychique

 

Au delà de la blessure physique, il est question dans le livre de la blessure psychique, tant chez la victime que chez ses proches, blessure sur laquelle « le regard social, le regard des autres est absolument terrifiant, (supposant parfois que la personne) tire profit de la situation. « On est en présence de gens blessés, pas de fous ». Une hospitalisation et la prise d’antidépresseurs sont parfois nécessaires. « Il y a réellement une attente cérébrale et il faut le temps que cerveau s’en remette ».  A cela s’ajoute « une thérapie par la parole. Cela demande du temps, du travail, de l’effort ; c’est une rééducation comme pour un membre touché, un soin temporaire dont on se passera ensuite ».

 

D’autres projets

 

Venue à Londres pour changer de vie et lever le pied, conserver une activité professionnelle tout en prenant « le temps de la réflexion », Violaine-Patricia a toutefois dans ses placards « des cartons entiers d’archives, de quoi faire », et pourquoi pas un autre livre. « Dépendance affective », « vivre avec un pervers narcissique », à l’évidence, les idées ne manquent pas.  « J’ai découvert que même si on me mettait dans le désert, je trouverai de quoi travailler ». On la croit volontiers !

 

Propos recueillis par Marie de Montigny