| Cécile Faure | Mars 2019 |

 

Iolanta, Rose Opera

 

 

Ouverture : déf. Composition instrumentale jouée au début d’une œuvre.

 

J’ai rendez vous avec Tamara Ravenhill, Andy Evans et Fred Broom pour qu’il me parlent de la toute première programmation, Iolanta de Pyotr Ilyich Tchaikovsky, de la jeune compagnie Rose Opera. Ils sont passionnés et fascinants, avec cette retenue toute anglaise. Les corps légèrement penchés en avant, les mains qui se tendent et soulignent les mots, trahissent la vibration qui les anime dans cette aventure commencée il y a à peine un an et que l’absolue maîtrise de la voix veut dissimuler à la profane que je suis.

 

 

Livret : déf. Texte littéraire qui complète l’opéra, contient les dialogues chantés et parlés, ainsi que quelques indications de mise en scène.

 

L’Opéra Iolanta fut écrit par Tchaikovsky pendant l’été 1891 et joué pour la première fois au théâtre Mariinsky à Saint Petersbourg au mois de décembre 1892. Le compositeur s’inspira de la pièce de théâtre La Fille du Roi René du dramaturge danois Henrik Hertz. Il avoua avoir « été charmé par la poésie, l’originalité et l’abondance de thèmes lyriques » d’après le journal la Vie de Petersbourg.

 

La Princesse Iolanta (Yolande) est aveugle de naissance. Elle ne sait pas qu’elle est différente de ceux qui l’entourent ni qu’elle est une princesse. Elle est promise au Duc de Bourgogne, Robert, qu’elle n’a jamais rencontré et qui ignore son handicap. Robert, accompagné de son camarade d’armes le Conte Vaudémont, rencontre Iolanta pas hasard un soir. Le Conte Vaudémont s’éprend d’elle et lui promet son amour inconditionnel. Le roi et père de la jeune femme a demandé à un médecin maure de soigner sa fille. Il y parvient. Iolanta trouve la vue et découvre avec émerveillement la beauté des choses et des couleurs.

 

Tamara Ravenhill et Andy Evans ont fondé Rose Opéra en 2018 mûs par l’envie de promouvoir un opéra le plus proche possible de l’intention initiale des compositeurs, loin d’une interprétation moderniste et parfois à la frontière de la provocation. Ils aiment le beau, le délicat, le romantisme, et ne font aucune concession à leur quête de vérité – l’essence même de leur démarche. Fred Broom, directeur artistique, porte en lui le même désir et insiste « The story is the most important and there should be no decision made getting in its way. ».

 

Pour ces raisons l’opéra est chanté dans la langue de sa composition, en russe. Mais, pour faciliter la compréhension de l’histoire qui se déroule sous les yeux du spectateur, il a été prévu, en plus du livret, de faire défiler des sous titres sur un écran sur le côté de la scène.

 

 

 

Plateau : déf. Ensemble du plancher de la scène et des coulisses, et de la distribution.

Le choix du lieu n’est pas non plus anodin. Le célèbre Normansfield Theatre à Teddington, aux portes de Richmond au sud-ouest de Londres, est un théâtre victorien construit en 1877 au sein de l’hôpital du même nom et fondé par Dr John Langdon Down pionnier de la recherche sur le syndrome de la trisomie 21. L’aspect relativement sévère de l’extérieur du bâtiment contraste avec la richesse de son intérieur, la beauté de ses plafonds de bois, du décor et des couleurs.

Au regard du lieu et de la taille de la scène il a fallu faire cependant quelques concessions, revisiter la distribution des personnages et l’orchestration de l’opéra. Malgré tout, soixante cinq personnes, sur scène et en coulisses, ont participé à la réalisation de ce projet d’exception.

Tamara Ravenhill porte le rôle de la princesse Iolanta, Andy Evans celui du Conte Vaudémont. Ils sont accompagnés sur scène par huit autres personnages partagés et présentés par treize chanteurs à différentes dates.

L’orchestration a du être repensée et le nombre de musiciens réduit à vingt-huit, sans pour autant perdre du somptueux de l’œuvre de Tchaikovsky. A la question posée de « Comment garder l’authenticité de l’œuvre en respect de la taille du théâtre ? », Peter Ford, directeur musical, et Nina Kopparhed, chanteuse et responsable de l’arrangement de la partition, ont choisi de réduire le nombre de certains instruments à vent ainsi que la harpe.

Les deux tiers de l’équipe sont des professionnels, consacrent leur vie au chant, à la musique, au spectacle. Les autres ont une activité économique par ailleurs. Les origines sont variées et c’est ce qui fait aussi la beauté de ce projet qui rassemble les différences. Au sein de l’orchestre, on trouve quelques étudiants qui saisissent ainsi l’opportunité pour se construire et développer leur expérience.

Chanter l’opéra requiert une technique particulière. Il faut pouvoir dépasser l’instrumentation. Les chanteurs et les choristes sont de vrais athlètes qui doivent constamment s’entraîner. Même lorsqu’ils ont plusieurs années de chant derrière eux, ils continuent à faire appel au savoir faire de professeurs. C’est le cas de Tamara et Andy qui malgré leur formation poussée – respectivement à la Julliard School (New York) et Gonville & Caius College (Cambridge), et Birkbeck College (London) – sont tous deux élèves de Paula Anglin (réputée tant pour sa carrière internationale de chanteuse d’opéra, formée à San Francisco et Londres, que comme professeur).

 

Régie : déf. Endroit d’où est dirigé le spectacle ; royaume du régisseur qui joue le chef d’orchestre des décors, costumes, lumières, entrées et sorties de scène.

La direction artistique a été confiée à Fred Broom. Acteur, chanteur et arrangeur de partitions, artiste au registre multiple, créateurs de costumes et de décors… il est bien difficile, voire impossible de le mettre dans une seule boîte, ou alors celle de « Gargantua des arts du spectacle». Il est exubérant par sa taille et son enthousiasme, et je devine qu’il a probablement une incapacité totale à rester en place, à ne rien faire.

Lorsqu’il s’est vu chargé du projet, Fred Broom a commencé par regarder le théâtre, par décortiquer le lieu pour en comprendre l’âme. Il a décidé alors de mettre en avant ce ressenti qu’il a eu, une projection dans un autre temps, celui du Moyen-Age. Il a conçu et tout fait lui-même, les décors comme les costumes, passant des heures à dessiner et coudre pour habiller chaque chanteur. Le détail comme le jeu des couleurs ont motivé cette « petite main » à réaliser en si peu de temps un travail phénoménal, et le résultat est saisissant.

 

Foyer : déf. Lieu de rencontre du public lors des entractes

La capacité du Noamansfield Théatre est limitée à 125 spectateurs. Et sa popularité auprès d’un public averti comme de la communauté fait que la salle est rapidement comble. Le théâtre est facile d’accès et son apparent éloignement du centre de Londres n’est pas une excuse pour ne pas assister aux représentations qui s’y tiennent et dont on peut trouver une liste sur le site du Langdon Down Centre www. langdondowncentre.org.uk.

 

Péristyle : déf. Premier hall où se situent les guichets

 Rose Opera est autofinancée et a le statut d’association caritative. La compagnie est toute jeune puisqu’a à peine un an, mais les trustees, au nombre de quatre, ont bien l’intention d’en faire un projet pérenne fondé sur la promotion de cet art qu’est l’opéra.

Le prix des places reste des plus abordable au regard de l’expérience des chanteurs, musiciens et de tous ceux qui participent à la mise en œuvre de la programmation. Le prix du billet varie entre £22 (concession) et £25 pour les adultes, et un tarif préférentiel pour la matinée (£20) et les enfants (£15).

Et si vous êtes dans l’incapacité d’assister à cet opéra, parce que vous avez lu cet article trop tard ou que toutes les places étaient vendues, sachez que Rose Opera www.roseopera.co.uk travaille déjà sur deux autres opéras de Mozart que sont Così Fan Tutte – le 25 juin à l’occasion du Festival Opera dans le Dorset ; une seule représentation) et Idomeneo – les 4, 6 et 7 octobre de nouveau au Normansfield Theatre, Teddington

 

Toï Toï !

 

Cécile Faure

 

 

Distribution de l’opéra Iolanta joué les 22, 23 et 24 mars 2019

 

Directeur musical – Peter Ford

Directeur artistique – Fred Broom

 

Iolanta – Tamara Ravenhill

Marta – Wendy Silvester (22, 24), Lorna Perry (23)

Brighitta – Nina Kopparhed (22, 24), Maria Gayle-Rogers (23)

Laura – Virginia Frith (22, 24), Emilie Taride (23)

Bertrand – Ian Pope

Alméric – Mike Wells

King René – Crispin Lewis

Ibn-Hakia – Aleksi Koponen (22, 24), Michael Birnbaum (23)

Robert – Ian Helm (22, 24), Edwin Dizer (23)

Count Vaudémont – Andy Evans