| Isabelle Lemarchand et Virginie Bobin-Boury | février 2021 |

 

Comme le disait Jules Renard : « Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. »
La sérénité, sensation ô combien précieuse, c’est donc tout naturellement au fil de lectures variées que nous vous proposons de la trouver. Voici une petite sélection tirée des rayons de la librairie La Page pour vous accompagner dans votre quête.

 

sérénité

 

Les Pantoufles

Pour aborder l’hiver confortablement, quoi de mieux que de chausser Les Pantoufles de Luc-Michel Fouassier (Éditions de L’arbre vengeur) ? Dans ce roman loufoque, nous suivons les traces du héros, enfermé à l’extérieur de chez lui en charentaises, qui va devoir affronter le regard des autres, mais qui va prendre goût à cet accoutrement et trouver finalement beaucoup de bien-être dans cette situation au départ si inconfortable. Un récit très drôle mais qui pose aussi des questions bien plus profondes qu’il n’y paraît sur la singularité, les apparences et l’audace.

 

Philocomix

C’est sous forme de bande dessinée que Philocomix, dix philosophes, dix approches du bonheur de Jean-Philippe Thivet, Jérôme Vermer et Anne-Lise Combeaud (Editions Rue De Sèvres) nous propose une réflexion joyeuse sur la quête du bonheur et de la plénitude. Les enseignements de Sénèque, Descartes, Epicure ou encore Schopenhauer y sont abordés avec beaucoup d’humour, de façon claire et très accessible. “Le bonheur c’est maintenant et avec les autres” nous explique un Montaigne très souriant. Un bain de philosophie dont on ressort profondément heureux !

 

La mise à nu

Si la lecture nous fait rêver d’ailleurs, c’est aussi avec le roman de Jean-Philippe Blondel, La mise à nu, (Buchet Chastel) que l’on peut parler de renouveau. Un prof d’anglais vieillissant dans une ville de province est approché par un de ses anciens élèves devenu un célèbre peintre, pour lui servir de modèle. Sa vie se voit transformée par cette rencontre, et il passe au fur et à mesure de notre lecture de la posture solitaire d’un célibataire divorcé et aigrit subissant les réflexions et les jugements de son ex-femme et de ses deux filles à un homme qui reprend sa vie et ses esprits en main. Une rencontre qui lui a ouvert la voie de la douceur, ou du bien-être.

 

Consolation

La lecture du dernier livre d’Anne-Dauphine Julliand, Consolation (Les Arènes, octobre 2020), est un hymne au chemin de la sérénité retrouvée : elle témoigne de sa capacité à survivre à la mort de ses deux enfants, « le cœur habité par deux sentiments que l’on croit souvent contraires : la douleur et la paix. La douleur de celle qui pleure. Et la paix de celle qui est consolée ». Dans ce quatrième livre, le troisième consacré à son expérience personnelle, elle s’empare de la notion de consolation avec une franchise et une profondeur tout à fait extraordinaire. Entre philosophie et pragmatisme, elle aborde le thème de la souffrance avec une force lumineuse, et nous enseigne en une dizaine de chapitres comment elle a pu retrouver la sérénité grâce à la consolation. Sans lieu commun ni formules magiques, la lecture de son livre nous envoie des messages d’espoir sur la force de l’amour.

 

Moi, vieille et jolie

Si pour Anne-Dauphine le chemin de la sérénité est jalonné d’épreuves qui l’ont rendu plus court, pour Sylviane Degunst il aura été long mais plein de fantaisie ! C’est à 55 ans que cette ex-auteure jeunesse et éditrice se fait repérer dans les rues de Londres par les agents d’Ugly Models, célèbre agence de mannequins. Tout en couleurs et en humour, elle raconte le parcours complètement excentrique de sa carrière de milieu de vie dans un roman, Moi, vieille et jolie (Cherche Midi, octobre 2020), dont déjà la couverture nous donne à sourire. Son roman est aussi d’une grande inimité. Sylviane nous parle de sa famille, de son milieu, sans tabou ni condescendance, de son père mourant au chevet duquel elle se rend et où se trouve la vraie vieillesse, son père dont elle a hérité sa paire de jambes infinies.

 

Broadway

Le rire est sans doute aussi un excellent moyen d’atteindre la sérénité, et c’est ce que nous pouvons vous garantir à la lecture de Broadway de Fabrice Caro (paru chez Gallimard). L’auteur BD à succès de Zaï zaï zaï zaï (Six pieds sous terre) signe cette fois un roman dans lequel les situations hilarantes s’enchaînent à un rythme effréné pour le plus grand bonheur du lecteur. Le narrateur Axel peine à communiquer avec sa famille, ses amis, ses collègues et ses voisins, cultive quelques obsessions aussi drôles qu’irrationnelles et se retrouve dans des postures aussi inconfortables que touchantes. En riant, il se peut que l’on se reconnaisse aussi un peu dans cet anti-héros aussi amusant qu’attachant.

 

Trop et Jamais assez

Ces dernières semaines, ou l’on pourrait croire qu’une sorte de sérénité va renaitre de l’autre côté de l’Atlantique, a fait pousser sur nos rayons le livre de Mary Trump, Trop et Jamais assez (Albin Michel octobre 2020) fille du frère de l’ancien Président des Etats-Unis, mise à mort littéraire de son oncle qui brosse en 300 pages le portrait d’une famille névrosée et toute puissante, d’un oncle dont le père, manipulateur et violent, ne pouvait créer qu’un « menteur pathologique » comme le dit sans détour sa nièce virulente. C’est sûr que dans la même série, le livre de Michelle Obama, Devenir (Fayard, Novembre 2008) nous laisse un gout plus doux quand on le referme !

 

Merci qui ? Merci mon chien

La sérénité, nous la retrouvons également dans les pages de  Merci qui ? Merci mon chien (Buchet Chastel). Un éloge des animaux dans lequel Jean-Louis Fournier prend le temps de remercier nos amies les bêtes pour tout le bien-être qu’elles nous procurent. Invoquant aussi bien Voltaire qu’Erri de Luca ou encore Christian Bobin, c’est avec beaucoup d’humour et son chat Artdéco sur ses genoux que le créateur de La Noiraude leur rend un hommage touchant, délicat, rempli d’affection et de gratitude.

 

Avant que j’oublie

Pourquoi ne pas accompagner Anne Pauly dans sa quête d’apaisement qu’elle évoque dans son roman Avant que j’oublie (Verdier), récompensé par Le Prix du livre Inter 2020. La primo-romancière y relate la perte de son père, le chagrin, et la vie qui doit malgré tout poursuivre son cours. Elle ne se contente pas d’émouvoir son lecteur en le saisissant aux tripes par son écriture sans détour, elle lui offre également un humour dosé avec délicatesse qui rend son récit encore plus humain et universel. Ce dur et long cheminement vers la sérénité sur lequel elle nous propose de la suivre fait de cette lecture une expérience incroyablement forte.

 

Park Life

En suivant les déambulations du héros de Park Life de Yoshida Shuichi, roman dépaysant à la simplicité et à la subtilité toutes japonaises, vous éprouverez peut-être cette même sensation grisante qui l’enivre, qui l’encourage à prendre le temps de contempler ce qu’il y a autour de lui, à prêter attention à la nature, aux personnes qu’il croise, et même à engager la conversation avec de parfaits inconnus. Les délicates illustrations d’Emilie Protière confèrent une note de finesse supplémentaire à ce joli et doux roman paru aux Éditions Picquier.

Nous vous souhaitons des moments sereins en compagnie des livres.

 

Isabelle Lemarchand et Virginie Bobin-Boury

 

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