| Propos recueillis par Béatrice Boivineau | Mai 2021 |

 

Le court métrage «5 minutes avant » sorti en décembre 2020 et produit par Guillaume Canet, met en scène Sidney Régis, dans une somptueuse danse subaquatique en noir et blanc. Comment l’enfant asthmatique en est-il arrivé là ? Rencontre avec un artiste de la mer.

 

Sidney Régis

 

D’où est venue l’idée de ce court métrage, et quel en est l’objectif ?

Sidney Régis : Ce film est né tout d’abord de l’envie de travailler avec un ami de longue date, Christophe Brachet. Nous nous sommes connus en faculté de sport à Bordeaux, puis retrouvés en Martinique où il est devenu moniteur de plongée vers 2004. Ensuite il a changé de vie. Il est rentré en métropole et est devenu au fil du temps l’un des meilleurs photographes de plateau de cinéma en France, connu pour son noir et blanc emblématique que l’on retrouve dans le film. Il m’a ensuite parlé de son ami photographe et réalisateur Rémi Chapeaublanc, lui aussi est une pointure dans son domaine, et dont l’une des expertises est l’éclairage.

Avec cette équipe de trois artistes photographes, nous avons eu envie de faire un film différent, qui mettait en scène les sensations d’un apnéiste avant sa plongée, une plongée dans le mental et les sensations.

Quant à l’objectif du film, l’air et l’eau sont pour moi une source d’inspiration. Ces deux éléments sont au centre de ma pratique sportive et artistique. Avec ce film je me suis rendu compte à quel point ces deux univers étaient intimement liés pour moi.

L’air et l’eau, sont au coeur des défis sociétaux et environnementaux du 21ème siècle. Tout le vivant est lié à la présence de ces deux éléments fondateurs. Il s’agit donc aussi de sensibiliser le grand public à la préservation de la mer et de l’environnement au sens large.

 

Comment vous êtes-vous préparé à ce tournage, et de façon générale, comment se prépare-t-on pour l’apnée ?

Sidney Régis : J’avais décidé de reprendre la compétition en apnée profonde et j’avais donc entamé une préparation physique et mentale quelques mois avant le tournage.

Pour le film, nous avons choisi de tourner sans aucun artifice (ni combinaison, ni masque, ni plombs), pour être à fleur de peau, en contact direct avec l’élément, avec une esthétique qui correspondait au message que nous voulions transmettre. Il fallait que le corps soit prêt à encaisser des apnées longues, en ayant les poumons vides (pour être équilibré dans l’eau), et avec les sinus remplis d’eau (pour avoir le visage relâché face à la caméra). Le froid a aussi été une difficulté. Mais ces choix ont permis de se fondre totalement dans le milieu, et nous ont amenés à des moments de grâce, ces instants où on n’est plus en train de créer, mais où on devient la création, on devient l’élément dans lequel on est.

Pour la préparation du tournage, Christophe Rémy et moi avions mis en place un découpage des plans et du travail afin d’optimiser les plans à tourner en fonction de la météo, et du temps très court que nous avions (le tournage complet s’est fait en 10 jours).

De façon plus générale la préparation de l’apnée inclut bien sûr une partie physique, où l’on va travailler les aspects cardio-vasculaires, où l’on va faire de la musculation spécifique, des assouplissements pour se mouvoir avec fluidité, de la natation, de la rétention de souffle, de l’apnée… tout le cadre d’entrainement classique d’un sportif ; mais en plus il y a une part de mental, de lâcher-prise et d’alignement avec la nature qui est très forte. L’un ne va pas sans l’autre. Plus on maîtrise les éléments techniques et leur coordination, et plus on peut atteindre cet état de lâcher-prise, de méditation en action.

Au moment de plonger, pour une apnée classique le long d’un câble, on se prépare en ventilant en surface et en se relâchant au maximum pour abaisser le plus possible le rythme cardiaque. La pratique a évolué par rapport à l’époque du « Grand Bleu », où on voyait les apnéistes ventiler énormément. En fait, on doit retrouver la respiration la plus simple et paisible possible, aussi naturelle que celle d’un enfant. Et à ce moment-là on plonge, c’est comme une fleur qu’on va cueillir.

 

Quelles sont les capacités physiques requises pour faire de l’apnée ?

Sidney Régis : Il n’y en a pas vraiment. Tout le monde peut pratiquer l’apnée. Si vous respirez, vous pouvez faire de l’apnée. Quel que soit son niveau on va trouver des aspects positifs au fait de retenir son souffle. Le système nerveux est fait pour respirer à une certaine cadence, et le coeur fonctionne en harmonie avec ce système respiratoire. En jouant sur la respiration, on joue sur le coeur et sur l’état d’esprit via le système parasympathique.

L’apnée est l’art de respirer, de comprendre comment on respire et surtout comment on arrête de respirer. Conscient de sa respiration, on redécouvre aussi l’importance de l’élément « air », totalement invisible, et peu à peu on se reconnecte à d’autres couches de notre univers, le conscient et l’inconscient, la matière, l’immatériel… beaucoup de gens se redécouvrent à travers cette discipline.

C’est un sport où on se bonifie avec l’âge, et un sport non genré. Le record absolu en no limit a été détenu pendant plus de deux mois après le 17 août 2002 par une femme, Tanya Streeter, avec une profondeur de 160 mètres.

Il faut bien sûr se rapprocher d’un club ou d’un moniteur, car l’apnée ne se pratique jamais seul. C’est une activité qui doit être encadrée afin de ne pas se mettre en danger. J’étais asthmatique enfant, l’apnée et la chasse sous-marine m’ont appris à maitriser mon envie de respirer. La mer m’a guéri de l’asthme et m’a révélé mon « chemin de vie ».

 

Au-delà de l’aspect technique, que vous a enseigné l’apnée non seulement physiquement, mais aussi sur vous-même, et sur un plan plus spirituel ?

Sidney Régis : Selon moi l’apnée est une discipline de vie, qui nous apprend l’humilité.

Tout d’abord, l’humilité face à ce qui nous rend vivant : l’air. Invisible, impalpable et pourtant si important.

L’apnée en mer en profondeur nous apprend également l’humilité face à un milieu complexe et qui peut si on lui résiste devenir hostile.

L’apnée est une école de l’équilibre ou le mental et le physique doivent collaborer en harmonie. Mais comme dans toutes les disciplines ces moments de perfection sont rares, c’est pour cela que je m’entraine quotidiennement, pour maitriser les aspects techniques au point de les oublier et qu’ils deviennent automatiques.

L’apnée me permet aussi de me reconnecter à ma part de créativité. En fait tout est lié, les aspects sportif, artistique, métaphysique, ce n’est pas cloisonné.

L’air et l’eau sont des éléments qui paraissent très abstraits, et pourtant qui sont fondateurs, ils sont le commencement et la fin. Si on a un impact sur ces deux éléments on a un impact sur tout le cycle de la vie. L’apnée rend ces éléments plus concrets, et permet ensuite d’aller vers leur préservation.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour le sportif et l’artiste que vous êtes ?

Sidney Régis : La prochaine étape pour le film est de trouver des moyens pour le partager et le diffuser au plus grand nombre, puis de tourner la suite de « 5 minutes avant », et pour cela trouver les financements requis.

Pour la plongée, je suis en train de préparer les compétitions d’apnée profonde de 2021, afin de découvrir de nouvelles profondeurs ?

 

En conclusion, peut-on résumer en disant que ce film est une ode à la vie ?

Sidney Régis : Oui, en quelque sorte.
Je vis, donc je respire.
Je respire donc je suis.
L’air précède la pensée…

 

Propos recueillis par Béatrice Boivineau

 

 

 

 

un film réalisé par Christophe Brachet et Rémi Chapeaublanc, produit par Guillaume Canet, interprété par l’artiste et apnéiste Sidney Régis sur une musique de Romain Trouillet.

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