| Béatrice Boivineau | Février 2021 |

 

Dans un monde envahi par le bruit, la sonothérapie, les gong baths et autres massages sonores viennent élargir l’éventail des méthodes de relaxation. Qu’est-ce qui nous fait donc vibrer ainsi ?
L’effet positif des vibrations sonores est connu depuis des millénaires en Inde, au Tibet, en Chine, en Grèce avec Pythagore, et il est également utilisé par les chamanes lors de rituels.
Pour certaines cultures le son est même à l’origine de la création du monde. Le mantra « Om » est considéré comme la vibration primitive divine de l’Univers, et le son originel emplissant le cosmos est nommé « Saute Surmad » par les soufis.

 

sonothérapie

Mika Tsuzuni, artiste japonaise qui fait des concerts de bols de cristal. Londres, octobre 2019

 

Le son, un bain de vibrations pour le corps

Le son est une vibration qui se propage sous forme d’ondes et dont la vitesse varie selon la matière traversée. Sa diffusion est 4 à 5 fois plus rapide dans l’eau que dans l’air.

Le corps humain étant composé à plus de 70% de liquide, les ondes se propagent dans notre organisme, et un signal acoustique n’est pas seulement perçu par les oreilles, mais l’onde vibratoire est perçue par tout notre corps, et s’y diffuse comme lorsque l’on jette une pierre dans l’eau.

La façon dont les fréquences sonores se déplacent à travers un milieu particulier et l’impactent a été illustrée en premier lieu par les figures acoustiques du physicien allemand Ernst Chaldni à la fin du XVIII siècle. Les figures, obtenues en faisant vibrer par le son d’un archer des grains de sable sur une plaque en métal, démontrent l’organisation de la matière par les vibrations sonores. Ces expériences ont étés reprises dans les années 1970 par le médecin et artistte Hans Jenny, l’inventeur de la cymatique  (visualisation du son par la mise en vibration d’un corps, comme le sable ou l’eau).

La sonothérapie, (ensemble de techniques utilisant les vibrations de divers instruments) vise à retrouver l’équilibre par la propagation des ondes sonores dans le corps humain, à travers l’eau contenue dans nos cellules. C’est le principe du « massage sonore », qui utilise des instruments tels que les gongs, les bols tibétains, les bols de cristal, les diapasons, les tongues drums, etc. Le son entre en résonance avec notre corps, et s’il rencontre une tension physique, un blocage énergétique, en cherchant à passer il « masse » et dissout l’obstacle en rétablissant une circulation harmonieuse de l’énergie. Le son agit ainsi à différents niveaux (organes, os, circuits énergétiques, chakras), favorise le lâcher-prise, diminue le stress, l’angoisse, la douleur, aide à se relaxer, à mieux dormir, il rééquilibre tout notre corps.

 

L’effet de la sonothérapie sur notre cerveau

Nous sommes émetteurs d’ondes. Le cerveau a une activité électrique et émet des ondes cérébrales, mesurables via les électro-encéphalogrammes. Ces ondes se subdivisent en  cinq catégories selon la fréquence des ondes émises, c’est à dire le nombre d’oscillations par seconde en hertz (Hz). Un hertz équivaut à une ondulation par seconde.

  • Les ondes delta (0,1-4 Hz) correspondent au sommeil profond. Elles constituent aussi le rythme dominant des enfants de moins d’un an.
  • Les ondes thêta (4-8 Hz) correspondent à la méditation profonde et à la mémorisation d’information. Jusqu’à l’âge de 7 ans les enfants fonctionnent surtout en basses fréquences delta et thêta.
  • Les ondes alpha (8-12 Hz) correspondent à la relaxation et à la détente yeux fermés, c’est le repos physiologique et mental chez les adultes.
  • Les ondes bêta (12-40 Hz) sont les ondes de l’attention et de la pensée éveillée. Ce sont également les ondes du stress.
  • Les ondes gamma (40 Hz – 80Hz) sont les ondes des fonctions intellectuelles élevées, de la conscience et de la perception.

Au cours d’une journée, nous passons d’une catégorie de fréquences à l’autre selon nos activités, mais sans entrainement (que maîtrisent les grands méditants) nous ne contrôlons pas vraiment notre fréquence cérébrale. Ainsi, si nous sommes trop stressés, le système nerveux refuse de se relâcher, les ondes cérébrales se maintiennent dans la gamme bêta, et nous ne trouvons pas le sommeil.

Des instruments tels que les bols tibétains émettent des ondes sonores spécifiques correspondant aux ondes alpha, qui vont influencer les oscillations du cerveau, et les ondes cérébrales vont se synchroniser sur cette gamme de fréquences (8-12Hz) correspondant à un état de relaxation, permettant le relâchement.

 

L’utilisation du son en médecine

Après les ultrasons, utilisés depuis les années 60 en échographie, puis pour la dissolution des calculs rénaux par ondes de chocs via LEC, (lithotritie extracorporelle), la communauté médicale a commencé à s’intéresser aux bienfaits du son.

Dans les années 90, l’oncologie américain Mitchell Gaynor, auteur du livre « Sons de guérison » (Ed. de l’Aigle) a fait appel à la sonothérapie via les bols de cristal pour soulager la douleur de ses patients. Selon lui, « Le son joue un rôle dans l’équation de guérison à plusieurs niveaux : il crée des altérations dans les fonctions cellulaires à travers des effets énergétiques ; le son aide les systèmes biologiques à fonctionner de manière plus homéostatique ; il calme l’esprit et par conséquent le corps ; il a également des effets émotionnels, ce qui influence les neurotransmetteurs et les neuropeptides, qui à leur tour vont aider à réguler le système immunitaire – notre guérisseur intérieur. »

En France, le service de soins palliatifs du CHU de St Etienne propose depuis 2011 des ateliers de sonothérapie, utilisant des instruments tels que les bols chantants, le carillon, le bâton de pluie. Le son apporte un apaisement et une détente. Les proches sont mêmes associés à ce projet depuis 2014, avec des séances qui leur sont dédiées. Là encore on constate une diminution de différents symptômes liés au stress (estomac noué, tensions, énervement).

Dans un article d’avril 2019, la fondation Alzheimer évoque quant à elle deux études (1) montrant des effets positifs des ondes gamma et Théta sur la mémorisation, qui ouvrent de nouvelles perspectives de recherche pour des types de traitements inédits.

Si elle est source de bienfaits, la sonothérapie est cependant contre-indiquée pour les porteurs de pacemakers ou de pièces de métal, et les personnes atteintes de troubles épileptiques.

Elle demeure une technique complémentaire de soins et de bien-être, permettant relaxation, recentrage et rééquilibrage énergétique, voire l’allègement des souffrances dans le traitement de certaines douleurs. Les sons aident ainsi à retrouver un état d’équilibre harmonieux, et à nous reconnecter à notre essence.

 

Béatrice Boivineau

 

 

 

 

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