I Agnès Anquetin-Dias I Mars 2019 |

 

Le peintre espagnol Joaquín Sorolla (1863-1923) a durant sa longue et prolifique carrière, peint quantité de scènes de genre, de paysages et de portraits.

 

Female Nude Joaquín Sorolla 1902 © Photo: Joaquín Cortés

Female Nude Joaquín Sorolla 1902 © Photo: Joaquín Cortés

 

Le peintre aimait particulièrement portraiturer les membres de sa famille. C’est son épouse Clotilde qui a servi de modèle pour la Femme nue mise à l’honneur dans la première salle de l’exposition. Allongée sur un lit couvert de satin rose, la bien-aimée du peintre est en train de contempler sa bague de femme mariée. Le dos qu’elle nous présente dans ce tableau fait référence, de manière un peu kitch, à la Venus au miroir de Velasquez conservée à l’étage du dessus de la National Gallery.

 

Mother Joaquín Sorolla 1895–1900 © Museo Sorolla, Madrid

A coté de la Femme Nue (collection privée), est exposé un très original tableau (Mère, Museo Sorolla), où Clotilde couverte ici de draps blancs se tient dans un grand lit, la tête tournée vers l’enfant auquel elle vient de donner le jour. Les deux têtes, celle de la mère et celle du nouveau né, émergent des draps telles deux étoiles dérivant sur une voie lactée aux tendres nuances irisées de blancs.

 

The Return from Fishing Joaquín Sorolla 1894 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Sorolla est surtout connu pour ses scènes de genre alliant labeur des hommes et lumière. En témoigne le Retour de la pêche : halage de la barque, œuvre impressionnante que Sorolla a peint en 1894 pour le Salon de Paris. Le tableau représentant le quotidien des pêcheurs qui, aidés des bœufs, tirent le bateau jusqu’au rivage a séduit par la vivacité de la scène à l’ambiance toute méditerranéenne. L’état français fit l’acquisition du tableau qui se trouve aujourd’hui au musée d’Orsay.

 

Les scènes de plage pleines de vitalité qui constituent le cœur de l’exposition sont d’autant plus célèbres qu’elles rendent compte de la passion de Sorolla pour les reflets et la diffraction de la lumière.

 

Running along the Beach, Valencia Joaquín Sorolla 1908 © Museo de Bellas Artes de Asturias. Col. Pedro Masaveu

Les jeunes filles courant sur la page de Valence dont les robes d’été flottent au vent, n’ont pas le droit de batifoler nues comme les jeunes garçons, mais cela n’entrave en rien leur mouvement.

Les longs coups de brosse appliqués rapidement sur la toile animent la gestuelle de ces jeunes filles dignes de figurer dans la frise des panathénées du British Museum.

 

Snapshot, Biarritz Joaquín Sorolla 1906 © Museo Sorolla, Madrid

Brillant ! Est le mot pour qualifier cette peinture qui ne peut que faire de l’effet. Mais un tableau vu dans la dernière salle, Instantané, Biarritz (Musée Sorolla) m’a révélé la teneur de l’effet que finissait par produire l’œuvre de Sorolla sur moi. L’épouse du peintre assise sur une plage éventée tient dans ses mains un appareil photo dont la petite taille était un grand luxe à l’époque et auquel l’artiste rend hommage en le représentant dans son œuvre. Le titre “Instantané” également approprié tant pour le cadrage photographique de la composition que pour le coup de pinceau rapide pourrait être appliqué à l’ensemble des tableaux de Sorolla qui tout en étant éclectique recourt à des systématismes.

 

J’ai alors réalisé que les tableaux de Sorolla, peints à une époque où les photos étaient loin d’être un réflexe, provoquaient chez moi la sorte d’intérêt qu’on porte à des photos de vacances prises par un amateur avec son instantané !

 

Agnès Anquetin-Dias

 

Sorolla : Spanish Master of light

National Gallery – jusqu’au 7 juillet 2019.