| Hélène Guild | Juin 2019 | 

 

Crédit photo : Henriette Wolf & Johan Person

 

Que ce soit de la danse classique ou de la danse contemporaine, la danse est l’un des métiers les plus difficiles du spectacle vivant. Ce choix d’orientation doit se faire très jeune et ne laisse pas de place au doute.

 

Lycée ou danse ? Comment faire le saut ?

 A 14 ans, Henriette, ancienne élève du Lycée Charles de Gaulle, sait que sa vie sera sur les pointes. Elle fait ses premiers pas de deux dans une école de danse russe. Au Collège, elle comprend vite que sa scolarité au Lycée est incompatible avec son projet. Comment allier études et passion ? Elle quitte donc Londres et sa famille pour entrer au Conservatoire de Paris et faire sa 3ème en classe à horaires aménagés (cham). Collège le matin entre danseurs et musiciens puis danse l’après-midi au studio des Abbesses.

Se retrouver entre futurs artistes est une chance : « avoir des amis qui vivent la même chose que moi, avec qui je peux partager mes expériences ».

Henriette revient à Londres pour entrer dans une nouvelle école de danse, Central School of Ballet , et prépare son Bac en suivant le CNED. Les programmes sont lus pendant les trajets, le programme de philo est revu pendant les séances d’étirements et les devoirs sont rédigés le weekend. Son emploi du temps est géré à la minute près. Félicitée pour son TPE sur la danse, Henriette obtient ensuite une belle mention à son Bac passé en candidate libre au Lycée.

 

Comment devenir professionnelle ?

L’emploi du temps type d’un danseur : passer des auditions, travailler la technique au moins 3 heures par jour, répéter un ballet pendant 4 à 6 heures suivies d’une représentation en soirée !

Que l’on veuille devenir danseur de ballets classiques ou danseuse de ballets contemporains, un travail quotidien acharné, une parfaite condition physique et une ascèse rigoureuse sont des impératifs absolus.

« Après la Central School of Ballet, je suis partie pour Leeds, suivre un post-graduate program au Northern Ballet. Nous étions 14 dans ma promotion il y a deux ans et aujourd’hui tous ont intégré une compagnie. Cette année de transition nous a appris à préparer les auditions en s’entrainant dans de magnifiques studios. Je viens de commencer à danser pour le Vienna Festival Ballet, d’abord à Windsor puis en tournée dans tous le pays. Avec un rôle dans Giselle, c’est une nouvelle aventure qui commence .

Ballet romantique, Giselle raconte le destin funèbre d’une villageoise courtisée par un prince, qui l’éconduit pour faire un mariage de raison.

J’ai commencé par être remplaçante pour la compagnie et maintenant j’en fais partie.

 

Entrons dans la danse !

Si la danse classique tire ses origines en Italie, c’est bien en France et en Russie qu’elle se développe et tire ses lettres de noblesse. Le vocabulaire de la danse classique est le même partout dans le monde et il est principalement utilisé en français: « pas-de-bourré », « entrechat » ou encore « pas-de-deux ». Certaines danseuses comme Sylvie Guillem sont à l’aise dans les deux formes d’expression.

Bien sûr, j’ai été séduite par le tutu et les chaussons de soie, la musique romantique des ballets mais surtout c’est ce que j’ai ressenti en regardant certains spectacles qui a déterminé mon choix de la danse classique. Par exemple, Natalia Osipova, dans Onegine à Covent Garden, m’a émue jusqu’aux larmes. Je me souviendrai toujours de cette salle enflammée par les spectateurs émerveillés battant le rappel de Natalia en tapant des pieds. C’est bien sur une part de rêve mais c’est aussi une passion qui m’anime. Inconditionnelle de Tchaïkovski, j’espère un jour être la fée Dragée dans Casse Noisette, dans cette section de “pas de deux” suivie par un solo légendaire.

Aujourd’hui, LA danseuse qui nous inspire tous est Marianela Núñez, ballerine prodige argentine du Royal Ballet.

Je la cite: «Il y a de la compétition. Il y a de la passion. Il y a de l’obsession, mais une saine obsession pour ce que l’on fait. Nous sommes des fous de la perfection, mais le ballet a besoin de cette saine folie. C’est cette folie qui fait l’art.».

Être danseuse ou danseur étoile est la consécration d’une carrière à l’Opéra de Paris. En Angleterre, on parle de « principal dancer », en Italie de « primeri ballerini », en Russie de « primera ballerina assoluta». Quand on est débutante on a les yeux rivés sur toutes ces étoiles.

 

Véritable “Pas de deux” entre la France et l’Angleterre, comment choisir ?

J’ai eu la chance de d’apprendre à danser des deux côtés de la Manche et d’être exposée aux deux influences.

En France, parmi les formations les plus prestigieuses menant à la danse de haut niveau, figurent les CNSMD (Conservatoires nationaux supérieurs de musique et de danse) de Lyon et de Paris. Ces deux écoles sont accessibles dès l’âge de 13 ans, pour des formations en temps aménagé qui mèneront aux grandes compagnies. L’enseignement y est plus direct et plus strict qu’en Angleterre. L’ambiance est très compétitive dès le plus jeune âge. L’influence de l’Opéra rejaillit sur toutes les écoles de danse du pays avec une approche très précise et académique, des contraintes de poids et d’apparence qui font pression sur les élèves.

En Angleterre l’enseignement est plus ouvert et se renouvelle sans cesse. Les écoles du Royal Ballet, English Ballet ou Scottish Ballet sont excellentes mais incompatibles avec un cursus scolaire. On peut aussi faire son parcours de ballerine en passant par d’autres écoles qui ont différentes approches (Central, Northern Ballet, etc.). Les compagnies sont très internationales et recrutent des candidats étrangers. Ainsi, Sophie Martin, ballerine française est maintenant la première danseuse du Scottish Ballet. Le monde de la danse n’a pas de frontières.

 

Quelques conseils de ballerine avisée ?

Il faut avoir un moral d’acier même si parfois on a des doutes. Danser est très physique mais il faut aussi jouer comme au théâtre. Il faut savoir avoir le plus beau sourire même si on a terriblement mal au pieds! Certains sont plus naturels que d’autres mais ce qui fait la différence ce sont les heures de travail, d’échauffement, d’observation.

Les auditions mettent en concurrence des candidates de niveau équivalent.  A chaque fois il faut se distinguer des autres et tenter sa chance.  Il faut être aussi très vigilant sur les blessures et connaître ses limites. Un accident peut vite arriver: je me souviens de Natalia Osipova, blessée sur scène à Covent Garden qui a du arrêter de danser pendant des mois. C’est donc un métier sans pitié qui comporte des risques. J’ai du apprendre à gérer mon temps, être organisée et être patiente. Lisez des blogs ou revues spécialisés, regardez des vidéos, documentez-vous sur cet art et son actualité. Plus vous en verrez, plus votre esprit sera ouvert cela aura un impact positif sur votre façon de danser et votre progression… Il faut commencer jeune et danser au moins 3 fois par semaine au début puis pratiquer 6 jours sur 7. Tout cela n’est possible que si les parents vous soutiennent dans vos choix. Il n’est pas si facile d’accepter que sa fille sorte des filières classiques.

 

Hélène Guild

 


 

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