| Julie Paquet | Février 2020 |

 

The Dog-Walker, une pièce de Paul Minx, au Jermyn Street Theatre jusqu’au 7 mars

The Dog-Walker est une pièce de Paul Minx, jouée jusqu’au 7 mars au Jermyn Street Theatre, une petite salle près de Piccadilly Circus.

Herbert, un dog-walker, d’origine jamaïcaine, pousse la porte de l’appartement de Keri, pour promener Wolfgang, son pékinois. Il n’ira jamais promener Wolfgang, Wolfgang est mort depuis deux jours, enroulé dans une couverture nauséabonde. Mais Herbert reste, pour tenter de comprendre Keri, une femme aux antipodes de tout ce qui fait son monde.

Keri écrit des livres numériques dans lesquels elle conseille les couples, elle ne quitte jamais son appartement, terrassée par la peur et la tristesse, elle commande des cachets sur Internet, qu’elle fait passer avec de grandes rasades d’ouzo dont les cadavres de bouteilles peuplent l’appartement.

Keri est sans filtre, alcoolique, dépressive, parfois méchante et Herbert se drape dans un rigorisme religieux, étouffe ses sentiments, ses pulsions sexuelles. Il se cramponne aux formulaires administratifs fournis par son entreprise, tout doit rentrer dans les cases sinon c’est son angoisse qui déborde.

 

L’écriture de Paul Minx campe avec une précision violente les deux personnages.

Ils ne sont pas des archétypes, ils vivent devant nous. Son humour permet d’aller très loin dans l’intime. Les anecdotes, sous couvert de nous faire rire, dissimulent à peine, pour mieux nous les montrer, les plaies mal pansées du duo.

The Dog-Walker est une pièce sur l’aveuglement volontaire, cette petite lâcheté, le regard qu’on détourne de ceux qui souffrent, et de leur solitude. Les personnages ne sont pas beaux, ne semblent d’abord pas attachants. Leurs personnalités se sont pas séduisantes, leurs amertumes, leurs solitudes, leurs vices, leurs passés qui les ronge, tout les conduit vers la folie, insensiblement.

Tout bascule quand mutuellement, ils osent enfin se regarder. Il suffit d’un regard sincère, d’un peu d’attention non feinte pour que tout apparaisse au grand jour.

Une fois leurs plaies à découvert, il devient impossible de nier qu’elles existent et maladroitement, Keri et Herbert s’entraident pour rafistoler leurs histoires, ou simplement se donner un peu de courage.

 

Tout n’est pas parfait dans cette pièce, et certains effets comiques tombent à plat, quelques scènes poussent en longueur, mais les personnages sont puissants, gagnent en épaisseur au fur au fur et à mesure, et il est presque difficile de les quitter.

Cette pièce est belle par sa sobriété. Au premier regard, non, elle ne semble pas sobre, on y hurle, s’insulte, on s’attaque à la batte de baseball. Ce qui touchant ici, ce sont les formes que prend la pudeur pour masquer le désespoir, et qui peu à peu s’effacent pour révéler avec délicatesse Herbert et Keri.

 

Julie Paquet