| Marie de Montigny | Décembre 2019 |

 

 

Il chante en anglais, d’une belle voix éraillée qui s’inspire du blues, du gospel, de la soul, du reggae. Son premier album, The Gypsy Soul of Tiwayo, enregistré aux USA, est sorti en janvier dernier sous le label Blue Note. Nous avons rencontré l’auteur-compositeur-interprète, en pleine tournée européenne, quelques heures avant son concert au Jazz Café, le 14 novembre dernier.

 

Le voyage initiatique

Sa voix grave, cassée contraste avec un physique de poids plume, un alliage qui lui vaut le surnom de The Old Young (T-Y-O, aka Tiwayo), nom de scène offert comme un adoubement lors de son premier voyage Outre-Atlantique. Pourquoi l’Amérique ? « C’est la musique qui m’a amené là ! » À 21 ans, il s’y rend pour la première fois, « sur la route du blues, du nord au sud, dans le sens inverse de ce que cela a été historiquement ». New York, Chicago, New Orléans, Memphis, Nashville, pour sentir « le vrai truc, les gens, les habitats, les paysages, le climat ». Depuis, il s’y rend tous les ans, notamment en 2017, année où il enregistre son premier album, en Géorgie, sous la houlette de Mark Neill, producteur récompensé par un Grammy Award, pour son travail avec les Black Keys.

 

Tout commence par une guitare

Il baigne en famille dans une ambiance jazz mais se met lui-même assez tardivement à la musique, plus précisément à la guitare, à 16 ans, apprenant « sur le tas, avec [sa] bande de potes ». Il débute en jouant dans des groupes, collant à une époque où le reggae bat son plein en France. De là, il passe au blues et à la soul, commence à composer ses propres textes, monte le projet Tiwayo au retour de son premier voyage américain, se teste dans le métro parisien pendant un an et prend peu à peu son indépendance. Il monte son projet sur scène avec d’autres musiciens, une formation à quatre (basse, batterie, clavier et lui guitare-voix), à laquelle s’ajouteront des choristes, pour « enraciner le coté soul ».

Les thèmes classiques du blues et du gospel, ainsi que la « manière d’écrire » qui y est attachée, irriguent ses textes. Dans le gospel, il s’intéresse au rapport à la foi, sujet qui l’a « touché jeune » ; du blues il apprécie « le coté ironique, la dérision ». À cela s’ajoute une touche personnelle, « des textes plus oniriques, plus barrés », que l’on découvrira dans un second album, en préparation. Rêveur, très idéaliste selon ses propres mots, Tiwayo s’adresse à tous, se fait l’interprète d’une musique populaire, spécificité qui lui tient à cœur.

 

A place to call my own

Quand on demande à celui qui se dépeint avec humour comme « un petit français avec sa guitare, qui chante en anglais » d’où il se sent, en écho à sa chanson A Place to Call my Own, « morceau emblématique du premier album, qui rassemble toutes les idées de ce voyage [aux Etats-Unis] », il n’est pas sûr d’avoir trouvé. « J’aime que ce morceau reste ouvert, universel, que chacun puisse s’y retrouver. Cela raconte mon voyage, mon cheminement en tant qu’artiste, des moments difficiles, d’autres de partages heureux ». Et des partages heureux, il en a eus ! Lors de la production de The Gypsy Soul of Tiwayo, il habite un mois chez son producteur (Mark Neill, mentionné plus haut), qui lui apprend « énormément ». De retour en France, il termine le mixage avec le producteur Philippe Weiss, « qui a beaucoup bossé sur la soul européenne ». Alors qu’il assure les premières parties de Marcus Miller, Curtis Harding, Norah Jones, MC Solaar, ou encore Mathieu Chedid, il rencontre beaucoup de bienveillance, chez « ces grands musiciens très humbles, qui [lui] donnent de la force ». Une énergie qu’il mettra en pratique le soir-même sur la scène du Jazz Café !

 

Marie de Montigny

 

3 chanteurs qui l’ont marqué : 

  • Lee Moses et son album Time & Place. « Soul de la fin des années 60, grosse référence même s’il reste méconnu du grand public »
  • Nina Simone
  • Bob Marley

 

Prochains concerts :

La Cigale, le 26 février