| Hélène Guild | Mars 2021 |

 

Avec la toiture végétale, la nature reprend les toits. Les Green Roofs sont notre bouffée d’oxygène en ville. Déroulons ce “tapis vert” pour l’environnement

 

Toitures végétalisées

 

Dans un environnement urbain bétonné, les toits végétalisés offrent un nouvel espace de verdure et apportent des solutions. En ville, les toits peuvent représenter près d’un tiers de la surface. Lorsqu’ils sont couverts de végétaux, ils sont esthétiques, ils favorisent l’isolation et la biodiversité, ils retiennent l’eau et fournissent même l’espace pour une agriculture urbaine. Entre 2010 et 2017, la densité de ces living roofs a plus que doublé à Londres. La tendance s’accentue sous l’impulsion de la Greater London Authority qui planifie le développement de la capitale. Aujourd’hui, ces eco-roofs couvrent une surface de 1.5 million m2 et s’adaptent à tous les types d’architecture, de la maison individuelle, à l’immeuble de la City en passant par le musée.

 

Chacun son toit

Les toitures végétales s’inspirent de l’architecture traditionnelle des pays scandinaves et des indiens d’Amérique. La terre à elle seule n’est pas réellement un isolant alors que le toit végétal, par sa légèreté et l’air qui s’y trouve, est, véritablement isolant. Esthétique et écologique, la technique de végétalisation a fait ses preuves : en Scandinavie, les toitures sont parées d’herbes et de graminées. Au Canada, elles sont couvertes de mottes de terre et, en Islande, de tourbe. Le principe est simple : les plantes transforment le CO2 en oxygène et absorbent les particules fines. Sur les toits, on trouve aussi bien des plantes locales, des fleurs des champs que des panneaux solaires. Cette infrastructure verte embellit la construction et donne une vue imprenable sur les alentours.

L’enjeu de ce “tapis vert” est celui de la reconquête de la biodiversité en milieu urbain. Ces nouveaux corridors verts facilitent la traversée urbaine des insectes, oiseaux et chauves-souris. Ils abritent parfois les ruches urbaines en offrant des riches sources de nectar aux abeilles.

 

Choisir son toit

Bonne nouvelle, on peut végétaliser n’importe quelle structure : métal, béton ou bois. Plus question de couvrir le toit de tonnes de terre ! Les sols sont maintenant allégés et autorisent l’embellissement des terrasses perchées, sans problème de surcharge. On pose une membrane d’étanchéité anti-racines et résistante aux micro-organismes. Dessus, on installe un matelas drainant, puis une couche de filtration constituée de granulats expansés, cailloux ou graviers. En dernier, on étale une couche de substrat de culture (70 % de matières minérales : pouzzolane, ponce ou argile) pour la végétation. Les toits végétaux « extensifs » ont une épaisseur de sol peu profonde (plantation sur substrat de 10 à 15 cm d’épaisseur). On y retrouve souvent des tapis (en fibres de coco) pré-plantés de sédums sur une surface presque plate. Plus coûteux, les toits végétaux « intensifs », permettent des combinaisons de végétaux plus variés grâce à un sol plus profond (de 15 cm à 2m), l’utilisation de jardinières et l’installation de terrasses. La culture intensive permet la culture d’arbres tels les arbres fruitiers décoratifs ou nains. Enfin, la toiture « semi-intensive » correspond à une plantation de faible épaisseur ayant généralement un système d’arrosage automatique goutte-à-goutte sous le substrat de culture entre le géotextile filtrant et le géotextile anti-racine. Ce système économe en eau, ne crée presque pas d’évaporation et permet de planter une plus grande diversité de végétaux.

 

 

La végétalisation d’une toiture ne s’improvise pas.

Il faut prendre en considération, le vent et les éventuels, tourbillons engendrés par les bâtiments voisins, la réverbération qui assèche les plantes, l’effet loupe engendré par les fenêtres voisines, l’orientation et les précipitations. Autant de facteurs qui déterminent le type de végétation et la nécessité ou non d’un système d’arrosage automatique. Tout comme un jardin, un toit planté change d’aspect et de couleurs au rythme des saisons. On peut planter un mélange de graminées et de sédums (600 variétés) qui résistent au gel, au soleil, en ponctuant de quelques vivaces. À l’ombre, on met l’accent sur les mousses et sédums qui forment un tapis permanent. Il peut être enrichi de vivaces (bergenia, sanguisorbes, campanules, saponaires). À l’abri du vent, on peut enraciner des bulbes (iris, muscaris) et même de petits arbres. Au soleil, on attire les insectes pollinisateur avec les Rudbeckia, Achillea, Potentilla, Armeria, Dianthus, Stipa tenuissima, Allium flavum et Allium pulchellum ainsi que et le Thymus Serpyllum…

 

Ni chaud ni froid

Le saviez-vous, 30 % de la chaleur d’une maison se dissipe par les toits mal isolés

? Une toiture végétalisée permet de limiter les variations thermiques. Elle se montre encore plus efficace en cas de fortes chaleurs. Si un toit nu a tendance à surchauffer, une toiture végétalisée fait baisser la température. Par forte chaleur, la température à l’intérieur du bâtiment peut baisser de 4 °C. La capacité d’isolation phonique des toitures végétalisées (par effet de masse) est un grand atout, en particulier dans les centres urbains bruyants ou à proximité des aéroports. Un plus pour l’isolation acoustique ! Ce « tapis vert» atténue la réverbération du bruit (amplification du son lorsqu’il est projeté sur les surfaces dures, comme l’asphalte ou les parois d’immeubles).

 

Filtre végétal pour nos poumons

En milieu urbain, les rejets de CO2 et d’azote, la concentration d’ozone et la pollution aux particules fines sont responsables de pathologies respiratoires. Les zones végétalisées jouent le rôle de pièges à particules fines. Les plantes fixent le CO2 et produisent de l’oxygène par photosynthèse. Une surface de 1,5 m² de toit végétal couvre les besoins en oxygène d’un homme adulte. Les toitures végétalisées maintiennent l’humidité dans l’air ambiant et luttent contre l’effet « îlot de chaleur ». L’enjeu de cette infrastructure verte est de filtrer l’air et de faire baisser les températures. L’évapotranspiration engendrée par les terrasses plantées élève l’humidité de l’air et favorise la formation de rosée, indispensable à la fixation des poussières et des pollens en suspension dans l’air. Les particules de plomb, de carbone, les matières organiques particulaires sont fixées dans le substrat ou nourrissent les bactéries, plantes et insectes qui s’y développent. Un toit végétal « extensif » peut séquestrer 375 g de CO2 par m2.

 

La toiture du future est bleue

Pluie ou sécheresse extrême : nous y serons de plus en plus confrontés avec le réchauffement climatique. Une terrasse avec son substrat de culture et sa végétation enracinée est protégée des agressions climatiques et conserve son étanchéité pendant près de 50 ans. Les toitures végétales classiques agissent comme des éponges en retenant beaucoup d’eau et en la libérant lentement par évaporation. Mieux encore, les toitures de rétention qu’on appelle « toitures bleues », qui stockent l’eau de pluie aussi longtemps que possible. Deux avantages : en cas d’averses intenses, ces toitures font office de tampon et allègent la pression sur les égouts, et en cas de longue période de sécheresse, elles deviennent des réservoirs utiles. Lors d’un violent orage, un green roof se gorge d’eau et garde les eaux de pluie. Les risques d’inondations et le coût de traitement de l’eau diminuent. Avec ces smart roofs, le drainage est régulé et connecté à une base de données (informations provenant de satellites, de pluviomètres et de radars des précipitations). En pratique, lorsqu’une forte averse arrive, les toitures se vident afin de libérer de l’espace pour récupérer l’eau de pluie au moment où les égouts sont encore en mesure de l’absorber.

 

L’avenir du développement urbain se dessine en vert et bleu !

 

Hélène GuildHélène Guild
heleneguild.lechomagazine@gmail.com

 

 

 

 

A savoir

  • la toiture végétale est un investissement rentable
  • faire appel aux professionnels et consulter un architecte spécialisé
  • la stabilité et l’étanchéité des toitures végétalisées sont supérieures aux toitures classiques
  • les meilleurs systèmes de végétalisation de toitures ne sont pas forcément ceux qui coûtent le plus cher
  • un toit végétal est comme un jardin & la pérennité de la végétalisation dépend de l’entretien réalisé
  • les besoins en eau sont variables selon la localisation géographique, la configuration du toit et le système de végétalisation.
  • prévoir une arrivée d’eau, un système d’irrigation et un arrosage automatique
  • au démarrage de la végétation un arrosage quotidien est nécessaire
  • pauvres en nutriments, les green roofs ont régulièrement besoin d’engrais
  • nettoyage régulier des drains et des barrières de végétation

À consulter

À lire

  • Emmanuel Houssin, Claude Guinaudeau et Jean-Claude Burdloff, Les toitures végétalisées : conception, réalisation, entretien, éditions CSTB, collection Guide Pratique développement durable, 2012
  • Edmund C. Snodgrass, Guide des Plantes de toits végétaux Green Roof Manual, Timber Press, août 2010
  • Nigel Dunnett et Noël Kingsbury, Planting Green Roofs and Living Walls, Timber Press, mai 2008
  • Nigel Dunnett, Dusty Gedge et John Little, Small Green Roofs: Low-Tech Options for Homeowners Timber Press, mai 2011

 

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