| Clotilde de Cacqueray | Juin 2019 |

 

Etre un bon orateur s’apprend. Quelques idées pour arriver à progresser dans l’expression claire et convaincante de son propos et dans le don de soi à son public.

 

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Quel est mon besoin, mon envie, mon désir, ma passion ? À l’adolescence, la grande question est de trouver sa voie pour se lancer dans l’existence. Souvent au mitan de la vie, cette question de la voie se repose car c’est le moment naturel d’un bilan de mi-parcours, le moment de se retourner pour savoir si la direction est la bonne. Trouver ma place, me situer dans le monde, savoir qui je suis et être capable de le dire, savoir quelle cause servir et savoir en parler, n’est-ce pas finalement des interrogations récurrentes qui, parce que nous nous les posons, donnent sens à notre existence ?

 

Les grands sommets se conquièrent à petits pas… Et si trouver sa voie passait aussi par “trouver sa voix” ? Ceci peut être particulièrement important pour ceux qui se disent introvertis, qui n’osent pas s’exprimer, qui par habitude ou par confort laissent aux autres le soin d’occuper la scène.

 

Savoir communiquer sa pensée et l’articuler de façon structurée, pouvoir utiliser des intonations, des nuances, varier le rythme. Ajouter le geste pour soutenir les inflexions. Se faire entendre et conduire un meeting. Poser le regard, l’écarter, le faire revenir. Et puis savoir discourir, haranguer, clamer, murmurer, vociférer, dénoncer, louer, appuyer, disserter… C’est ce que Ralph Smedley voulait enseigner aux jeunes hommes du YMCA (Young Men’s Christian Association) pour laquelle il était directeur éducatif dans l’Illinois (Etats-Unis) au début du XXème siècle. De ce désir d’aider un plus grand nombre à avoir accès aux techniques de prise de parole en public et aux encouragements des pairs est née Toastmasters, une organisation internationale qui soutient toute personne qui ose franchir le pas de la porte de son club local. Là, elle pourra apprendre, s’exercer, vaincre les démons intérieurs qui la comparent aux autres pour progresser jusqu’à la maîtrise et même l’excellence dans l’exercice de l’art oratoire. Fort de 16 600 clubs dans 143 pays, ce qui n’était qu’une initiative locale permet aujourd’hui à 357 000 membres de progresser dans l’un des exercices les plus terrifiants pour un grand nombre de nos congénères, et ce à un prix très modique. A Londres, un club bilingue permet même de pratiquer en alternance dans la langue de Molière et de Shakespeare !

 

Une initiative similaire a été lancée en France en 2013 par Stephane de Freitas, un trentenaire devenu Fellow Ashoka (l’ONG américaine qui accompagne les entrepreneurs sociaux innovants) pour sa détermination à aider les jeunes de l’université de Saint Denis à s’exprimer et à augmenter leur confiance en eux. En les formant à la prise de parole avec des professionnels, en les préparant durant un année scolaire à un concours d’éloquence, Eloquentia www.eloquentia-saintdenis.fr, Freitas favorise l’expression de soi, la connaissance de soi et l’affirmation de soi d’une jeunesse qui apprend à parler pour se faire entendre et pour trouver ensuite sa place. Cours d’expression scénique, méthodes d’écriture d’un discours, travail du vers et de la rime, gestion de la voix, préparation aux entretiens d’embauche, les jeunes qui participent à l’expérience sont ainsi prêts pour s’insérer dans le monde professionnel.

 

Ces deux initiatives nous rappellent que l’éloquence n’est pas tant un don inné qu’un travail pour arriver à la fois à convaincre et à incarner avec authenticité son discours. Churchill lui-même a passé de longs moments dans sa baignoire à écrire ses impromptus !

 

Alors si vous êtes pétrifié ou embarrassé à l’idée de parler et décidez à évoluer, voici quelques idées pour amorcer un changement:

  • s’entrainer aux variations vocales en lisant des histoires à des enfants tout en forçant le trait, en adoptant des voix variées, en variant volume et rythme ;
  • se parler pendant une minute en se regardant de près dans un miroir ;
  • prendre des cours de chant ou rejoindre une chorale ;
  • se forcer à poser une question dans un groupe ou se proposer pour coordonner une initiative ;
  • se faire aider par l’hypnose ou une personne formée à la PNL pour se voir réussir ;
  • prendre des cours de prise de parole en public ;
  • rejoindre une troupe de théâtre

 

Avec le grand oral du Baccalauréat prévu en 2021, les apprentissages des “softs skills” dans les universités, les débats nationaux ou autour de la table familiale… les compétences oratoires ont de l’avenir!

 

Clotilde de Cacqueray
Life/Personal Development Coach
www.lifeandmission.co.uk