| Marie de Montigny | Mars 2019 |

 

Crédit photo : Cécile Faure

 

Comment réussir au mieux son retour à l’emploi
Entretien avec Valérie de Minvielle, psychologue clinicienne.

 

Quels conseils donneriez vous à une femme qui envisage de reprendre une activité professionnelle à l’issue d’une pause ?

Le premier conseil, c’est de réfléchir globalement et différemment. Parce que notre vie ne ressemble pas à ce qu’elle était avant. Si on a eu des enfants, si on a eu une période où on était au foyer, même en ayant été active à l’extérieur,  cela a provoqué d’autres choses dans notre rythme, dans le développement de nos compétences, dans l’affirmation de nos talents. Je connais un chef d’entreprise qui aime recruter des mères de familles nombreuses, trouvant qu’elles ont une capacité d’organisation et une rapidité d’exécution des tâches remarquables. Il faut reconnaître ces compétences-là, que les femmes acquièrent en devenant mère et en “gérant” une maisonnée.

 

Je conseille aussi de ne pas hésiter à rêver. Qu’est ce qui serait le rythme idéal pour moi ? On ne parle même pas du contenu du boulot. Par exemple, je travaille trois jours par semaine ? J’ai un jour pour les enfants le mercredi et puis un jour pour moi ? Pour me ressourcer ? Tout est envisageable.

 

Se poser la question aussi de ce que j’attends de ce retour à l’emploi. Est ce que c’est parce que j’ai besoin de me nourrir intellectuellement ? De me sentir productive ? De contribuer à notre monde ? D’argent ? Je m’ennuie à la maison ? « Pour quoi », en deux mots, vais-je aller retravailler ?

 

Ensuite, s’autoriser à ratisser large. C’est important de faire un retour sur soi pour mieux se connaître. Tout ce que je vous ai dit relève de la connaissance de soi : quel est le rythme idéal pour moi aujourd’hui dans ma vie, qu’est ce que j’ai acquis comme compétences, que je n’avais pas forcément avant et qui paraissent saugrenues. Si j’ai aidé un site internet à éclore, j’ai acquis des compétences dont je ne vais pas forcément faire mon métier mais qui m’ouvrent de nouvelles portes. C’est cela que j’appelle voir les choses en grand, ratisser large. Ne pas avoir peur de tout remettre à plat.

 

Vous êtes revenue souvent au cours de la conférence sur l’utilité de se faire aider.

Étre aidée, c’est se poser les bonnes questions pour avancer. Pour apprendre à se connaître par exemple, je pose des questions comme « dans les 15 dernières années, quels sont les postes que tu as préférés ? A ton avis, où as-tu excellé, que t’a-t-on dit que tu savais bien faire ? »

 

Il y a des choses que l’on peut faire seule. Par exemple, vous pouvez demander à dix personnes de votre entourage quelles sont à leurs yeux vos trois plus grandes qualités. On ne parle pas des défauts. Il faut choisir des interlocuteurs rencontrés dans des contextes différents : un ancien boss avec qui vous vous entendez bien, votre belle-mère ou votre mère, un frère, une copine, une vieille copine. Très souvent un même qualificatif revient dans les réponses. Cela ne va pas vous dire qui vous êtes mais ce sont des petits pas pour apprendre à vous reconnecter à vous. Parmi ces qualités, quelle est celle que vous avez envie de nourrir, cultiver, diffuser le plus ?

 

Mais quand vient le moment d’identifier ces qualités, de trouver à quoi les rattacher, il me semble indispensable de se faire aider. L’art du psy c’est d’arriver à faire se questionner l’autre pour comprendre qui il est, ce à quoi il aspire, et faire des liens entre tous ces éléments. Le professionnel qui vous accompagne va vous aider à trouver votre fil rouge.

 

Si on veut se reconvertir, il faut s’en offrir les moyens et cela en vaut vraiment le coup. Chacune est différente. J’ai écrit un article sur passer le gué où j’expliquais qu’il a des femmes pour qui il suffit de voir quelqu’un passer le gué, voir comment elles s’y prennent, copier la méthode. Et puis il y en a qui n’oseront jamais, ne s’en sentent pas capables. Celles-là auront plutôt besoin de quelqu’un qui est déjà de l’autre côté du gué, qui lui tend la main et l’aide à trouver sa méthode. C’est cela le rôle de quelqu’un qui accompagne.

 

Cette aide est-elle indispensable pour articuler ce qu’on aimerait faire à quelque chose de concret ?

Dans le cadre d’une reconversion, oui cela me semble indispensable. D’abord parce que ces femmes considèrent souvent qu’il ne s’est rien passé pour elles pendant cette “pause”. Or elles ont appris, mûri, découvert des choses qui peuvent être valorisées dans le cadre d’un projet professionnel. Ensuite parce que bien souvent elles sortent de cette période en manque de reconnaissance. Enfin parce qu’elles se sentent démunies, sans outils pour réfléchir et avancer. D’expérience, je me rends compte que la plus grande valeur de l’aide apportée réside dans la confiance retrouvée. Très souvent, les femmes qui envisagent de se reconvertir ne savent pas comment s’y prendre, ni ce qu’elles peuvent faire d’autre, elles se sentent incompétentes. Même une fois qu’on a trouvé ce qu’elles pourraient faire de nouveau, certaines femmes restent toujours au bord du chemin, quelque chose les bloque. Et ce qui les bloque, c’est la confiance en soi, c’est le fait d’oser franchir le pas, c’est croire que c’est possible.

Quand moi-même j’ai monté mon activité de psy par Internet, mon entourage m’a dit : « mais ça va pas, ça n’existe pas, ça ne marchera jamais ! »

 

A cette occasion, sur quoi vous êtes vous appuyée ?

Sur la nécessité d’abord : j’ai élaboré mon projet professionnel en étant acculée. Si j’avais trouvé un boulot, je n’aurais jamais monté ce projet toute seule.

Et puis je me suis fait aider pour formuler mon projet. Quelques séances ont suffi pour m’aider à sauter le pas.

Le fait d’être acculée pour “profil atypique” m’a poussée à créer moi-même mon activité. Je me suis dit : “si je crée mon activité, autant faire ce que je sais faire le mieux au service de la cause qui m’est la plus chère. En faisant cela, je sais que je serai toujours motivée. Car je me suis connectée « au feu », à mon petit moteur intérieur. Et c’est effectivement ainsi que j’ai trouvé la force de monter ma propre entreprise.

 

Propos recueillis par Marie de Montigny (mhdemontigny@gmail.com), à l’issue de la conférence de Valérie de Minvielle à Londres, “Alléger sa charge mentale ou comment gérer famille, travail, foyer sans s’épuiser?”, conférence organisée par l’association Regards de Femmes.