| Hélène Guild | Mai 2019 |

 

Crédit photo : Sabrina Recoules Quang

D’origine vietnamienne, élevée dans la culture française et vivant aujourd’hui en Angleterre, Sabrina est une artiste qui explore avec humour et tendresse, des sujets contemporains comme notre relation à la technologie et son impact sur notre identité et notre vision de l’Autre, humain ou non humain. A l’aide de techniques traditionnelles et de nouvelles technologies, elle produit des spectacles et des installations interactives de marionnettes à Londres, Berlin, Paris et Malte. Elle poursuit actuellement un doctorat au Royal College of Art à Londres.

 

Pourquoi parle t’on de “spectacle d’art vivant” ?

La danse, la musique, le théâtre, dans toute la diversité de leurs formes (opéra, musique de variété, chorales, fanfares, cirque, conte, marionnettes…), appartiennent au spectacle vivant, par opposition au spectacle enregistré (cinéma-audiovisuel). En tant que genre théâtral, la marionnette se situe à la jonction des arts plastiques et de l’art dramatique. Elle est faite de la main, de la parole et de la voix humaine.

Contrairement aux robots, la marionnette fait corps avec son manipulateur .Un spectacle de marionnettes permet d’interroger le monde qui nous entoure. Souvenons-nous de War Horse, spectacle monté par le National Theatre d’après l’œuvre de Micheal Morpurgo, avec acteurs, marionnettes et marionnettistes ! Joey, le cheval articulé part pour la guerre des tranchées et incarne la tragédie de la Grande Guerre. Une émotion d’une grande intensité qui inspira Steven Spielberg pour son film en 2011. Art respecté et reconnu, le spectacle de marionnettes retient l’attention des meilleures critiques.

 

Spectacles à travers les âges ?

La marionnette permet de transporter l’esprit du spectateur d’un simple objet vers l’imaginaire. Le mot français « marionnette » est dérivé de Marion, diminutif de Marie, et désignait à l’origine une petite figurine de la Vierge ; dans d’autres langues européennes, le terme s’apparente au mot « poupée » : « puppet » en anglais. Cet art populaire sans frontières, né de pratiques religieuses ancestrales et lié aux cultures locales et nationales. Il est porteur de tradition mais aussi de contestation. Les thèmes et les sujets sont nombreux, souvent inspirés d’incontournables de la littérature enfantine (Guignol, Punch, Judy, Lafleur, Kasparek, Casperl, Karagheuz, Marotte, Pinocchio, Mariole, Polichinelle, etc.). Comique, magique et surprenant le spectacle de marionnettes peut aussi être subversif comme à Prague pendant la Guerre Froide où il était porteur de message politique.

 

Selon Paul Claudel la marionnette « c’est est une parole qui agit ». Quel est son rôle ?

Symbiose entre l’objet et l’humain ces figurines incarnent nos modèles de comportement : le cynisme cupide, la haine, la bêtise, la férocité, la cruauté, la jalousie, le meurtre, le racisme ; ou les plus ambivalents : la colère, la révolte, l’amour ; ou les plus généreux : la solidarité, l’humanité, la concorde… La marionnette donne une image déformée de nos travers et apporte l’émotion sur scène !

 

Comment donnez-vous vie à la marionnette?

Ces spectacles utilisent différents supports comme la marionnette portée, à fils, à gaine, corps-castelet, théâtre de papier, d’ombre, les masques, etc. Ces objets transitionnels  réveillent le cognitif et l’imaginaire. La fabrication d’une marionnette- cheval dépend entre autres du caractère et des mouvements que la marionnette doit interpréter et aussi de la façon dont elle va être manipulée, tout cela influence également le choix du matériel. Chaque marionnette est unique et ne suit pas nécessairement des proportions réalistes. Pour certains spectacles, je peux être amenée à dessiner plusieurs marionnettes pour un même caractère, selon que l’on doit la voir en entier, de coté, de face, en groupe… Une marionnette qui danse à la perfection, pourra difficilement nager ou courir. Il faudra donc en construire une autre pour chaque mouvement. Fabrication et manipulation doivent s’allier afin d’avoir la marionnette parfaite pour le rôle qu’elle doit jouer ! Les marionnettes peuvent être animées de multiples façons, par le dessous ou le dessus à l’aide de gant, de tiges ou de fils. Il faut donc une grande dextérité.

 

Marionnette et marionnettiste, quelle est leur relation ?

Tout en racontant une histoire, l’artiste-interprète donne vie aux marionnettes en les déplaçant, les animant et les faisant parler… Un métier plus complexe qu’il n’y paraît ! Souvent le marionnettiste, à la fois, interprète mais aussi fabricant, non seulement  imagine, conçoit les personnages, mais aussi les costumes, les décors, la mise en scène des spectacles et parfois même les  dialogues. Objet sculpté qui se décline sous différents angles, la marionnette est profondément liée à son créateur. Ensemble, la marionnette, le sculpteur et l’artiste-interprète constituent une compagnie ! Sur scène, il y a une énergie incroyable entre celui qui regarde, celui qui manipule et la marionnette. C’est une relation trilatérale et non pas binaire. Mentionnons aussi que la marionnette, objet transitionnel par excellence, est souvent utilisée dans un contexte thérapeutique. La marionnette permet une communication non verbale libératrice et révélatrice, le manipulateur de la marionnette peut exprimer visuellement des non-dits.

 

Quelles sont les écoles et les formations ?

Ici en Angleterre, nous avons un choix incroyable d’ateliers de Puppetry, aussi bien à Londres que dans le reste du pays. Pour s’initier à la manipulation ou la fabrication de marionnette, regardez les sites de Little Angel Theatre, London School of Puppetry, The Curious School of Puppetry, ou encore a la Royal School of Speech and Drama, etc.

J’apprécie particulièrement le travail de Handspring, Theatre-rites, Philippe Genty et Théâtre Improbable. Aller les regarder, c’est déjà une bonne manière d’explorer le sujet ! En France, une référence à l échelle internationale, l’École supérieure nationale des arts de la marionnette à Charleville-Mézières dispense un cursus de formation sanctionné par un diplôme à valeur nationale : le diplôme des métiers d’art de la marionnette (DMA). L’école de dessin Emile Cohl (Lyon) propose plusieurs types de cours dont une formation dans le domaine des arts du spectacle, et plus précisément celui des marionnettes.

 

Propos recueillis par Hélène Guild

 


 

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